
On croyait avoir tout vu, tout entendu, tout compris de Serge Lama. Le monstre sacrĂ©, lâicĂŽne de plusieurs gĂ©nĂ©rations, la voix cassĂ©e par la vie mais intacte dans la mĂ©moire collective. Et pourtant⊠ce 21 novembre, dans un studio Ă©clairĂ© comme un Ă©crin, câest un tout autre Serge Lama qui est apparu : fragile, surpris, bouleversĂ©, presque enfantin. Un homme entourĂ©, cĂ©lĂ©brĂ©, aimantĂ© par ceux quâil a, sans toujours le savoir, profondĂ©ment marquĂ©s.
Car cette soirĂ©e nâĂ©tait pas un simple hommage. CâĂ©tait un moment suspendu, presque clandestin, oĂč ses amis les plus prĂ©cieux â Nana Mouskouri, Florent Pagny, BĂ©nabar et quelques ombres du passĂ© â se sont rĂ©unis non pas pour applaudir, mais pour lui dire ce quâil nâa jamais voulu entendre.
Un âdernier rappelâ.
Un adieu sans le dire.
Un remerciement sans artifice.
Un choc émotionnel pour tous.
đ€ Un plateau transformĂ© en sanctuaire
DĂšs les premiĂšres minutes, le dĂ©cor annonce la couleur : lumiĂšre tamisĂ©e, rideaux lourds couleur grenat, photos anciennes de concerts, carnets de textes annotĂ©s, une vieille guitare posĂ©e contre une chaise vide⊠Tout renvoie Ă la mĂ©moire, au temps, Ă la fragilitĂ© qui sâinsinue quand les annĂ©es se comptent non plus en projets, mais en souvenirs.
Lama sâassoit, un peu raide, mais le regard vif. Il ne sait pas encore ce qui lâattend.
LâĂ©quipe lui a parlĂ© dâun âentretienâ, dâune âĂ©mission spĂ©cialeâ, mais rien ne laisse deviner le coup de poing Ă©motionnel qui approche.
Puis une voix sâĂ©lĂšve.
Douce, reconnaissable entre mille.
LĂ©gĂšrement voilĂ©e par lâĂąge, mais intacte dans sa puretĂ©.
Nana Mouskouri.
đ Nana Mouskouri : âTu as chantĂ© pour nous. Ce soir, on chante pour toi.â
Ă 89 ans, la diva grecque se dĂ©place rarement. Et pourtant, la voilĂ , avançant lentement jusquâĂ Lama, qui reste bouche bĂ©e. Câest une vision presque irrĂ©elle : deux lĂ©gendes qui, depuis des dĂ©cennies, se croisent sans vraiment se dire tout ce quâelles se doivent lâun Ă lâautre.
Elle lui prend la main.
Un geste simple, mais terriblement puissant.
â « Serge, tu as portĂ© nos douleurs, nos amours, nos ruptures⊠Tu as Ă©tĂ© notre voix. Ce soir, câest nous qui venons tâoffrir la nĂŽtre. »
Une larme coule. Pas sur les joues de Nana.
Sur celles de Lama.
Lui qui a chanté âJe suis maladeâ,
lui qui a incarné la souffrance amoureuse,
se retrouve soudain nu, vulnĂ©rable, face Ă une vĂ©ritĂ© quâil nâa jamais assumĂ©e :
il a été important. Essentiel. Vital pour tant de gens.
đ Florent Pagny : la surprise qui fait trembler la salle
Quand la seconde surprise arrive, lâĂ©motion monte dâun cran.
Florent Pagny. Amaigri, marqué par le combat contre la maladie, mais debout.
Câest lui qui fait la dĂ©claration la plus inattendue :
â « Serge, si jâai chantĂ©, câest parce que tu mâas appris quâune voix sert Ă vivre, pas uniquement Ă plaire. »
Lama baisse les yeux, comme si ces mots étaient trop lourds à porter.
Pagny insiste :
â « Tu crois que tu nous dois beaucoup. Mais en rĂ©alitĂ©, câest nous qui te devons tout. »
Le public retient son souffle.
Câest rare, si rare, de voir Pagny exprimer une telle vulnĂ©rabilitĂ©.
Et pourtant, ce soir, il ose. Parce que Serge Lama, Ă 82 ans, mĂ©rite enfin de recevoir ce quâil a donnĂ© toute sa vie : de lâamour brut, sans dĂ©tour.
đ¶ Le retour inattendu de BĂ©nabar : lâĂ©lĂšve face au maĂźtre
Puis vient la surprise la plus déroutante :
Bénabar, le chanteur discret, autant admiré que critiqué, apparaßt avec une guitare sous le bras.
Il sâapproche, hĂ©site, puis murmure :
â « Serge, tu mâas appris Ă Ă©crire. Et jâaimerais chanter une chanson que jâai composĂ©e pour toi⊠mais que je nâai jamais osĂ© te montrer. »
La salle se fige.
Impossible de deviner si Lama va rire, pleurer, ou demander une pause.
Bénabar commence à jouer.
Quelques accords, simples.
Puis des mots, dâune douceur dĂ©concertante :
« On croit que tu cries, mais en fait tu rassures.
On croit que tu montes, mais en fait tu soignes.
On croit que tu pleures, mais en fait tu nous sauves. »
Au deuxiĂšme couplet, Lambda craque.
Les larmes jaillissent, incontrĂŽlables.
Il porte sa main Ă son visage, tremble un peu.
Il tente de parler, échoue, puis murmure :
â « Je ne savais pas⊠Je ne savais pas que jâavais comptĂ© Ă ce point. »
đŻ Une atmosphĂšre de confession
Ce qui frappe dans cette soirĂ©e, ce nâest pas la mise en scĂšne.
Ce nâest pas la liste prestigieuse des invitĂ©s.
Ce nâest pas mĂȘme la qualitĂ© des hommages.
Câest la sincĂ©ritĂ©.
Pure, dĂ©sarmante, rare dans un milieu oĂč tout est souvent performance.
Pour la premiÚre fois depuis longtemps, on voit un Serge Lama qui ne joue plus,
qui ne chante plus,
qui ne cache plus.
Il écoute.
Il reçoit.
Il accepte que, cette fois, ce soit lui, le symbole, le pilier, le cĆur battant de la soirĂ©e.
đ Un âdernier rappelâ qui nâen dit pas le nom
Le terme nâest prononcĂ© par personne, mais tout le monde le ressent.
Cette soirée est une passation,
une derniÚre grande étreinte,
une façon de dire au revoir sans le dire.
Pas parce que Serge Lama sâen va.
Parce quâil sâefface doucement, volontairement, avec dignitĂ©.
Il regarde la salle, ses amis, les musiciens.
Et il prononce la phrase la plus bouleversante de la soirée :
â « Je nâai jamais cherchĂ© Ă ĂȘtre aimĂ©. Jâai juste voulu ĂȘtre vrai. »
Silence.
Un silence lourd, profond, habité.
Puis un applaudissement se lÚve, lent, massif, presque sacré.
âš Une soirĂ©e qui restera dans lâhistoire
Ce 21 novembre nâa rien dâun Ă©vĂ©nement tĂ©lĂ©visĂ© parmi tant dâautres.
Câest un moment dâhumanitĂ© pure,
un cadeau offert à un homme qui a trop longtemps cru que son rÎle était de donner, jamais de recevoir.
Serge Lama repartira ce soir-là un peu différent :
plus léger, plus entouré, plus reconnu que jamais.
Et nous, spectateurs, nous aurons été témoins de quelque chose de rare :
un hommage vivant, vibrant, intime, qui rĂ©pare autant quâil cĂ©lĂšbre.
Une soirĂ©e douce, prĂ©cieuse, presque indescriptibleâŠ
Comme lui.
Simplement, Serge Lama.

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