Mais Ă peine arrivĂ©e Ă la riviĂšre, une douleur lancinante la saisit de nouveau. Impossible de se soulager prĂšs de lâeau. Alors, se tenant le ventre, elle sâenfonça plus profondĂ©ment dans le fourrĂ©, cherchant un endroit cachĂ©. Au moment oĂč elle se pencha, elle entendit des voix. Sur la pointe des pieds, elle sâavança, Ă©cartant les feuilles de ses doigts tremblants. Elle se rapprocha un peu plus.
Soudain, elle jeta un coup dâĆil Ă travers les feuilles et porta instinctivement la main Ă sa bouche. La reine Adaku, la seconde Ă©pouse du roi, beaucoup plus jeune que lui, se tenait prĂšs dâun grand iroquois en compagnie dâun bel homme. Lâenlaçant, Nedo haleta et sâenfuit Ă toutes jambes. Elle courut Ă travers le fourrĂ©, les branches lui griffant les bras, les feuilles lui fouettant le visage, mais elle ne sâarrĂȘta pas.
Le soleil couchant commençait Ă peine Ă dĂ©cliner lorsque Onaido, une des servantes du palais du roi Nambdi dâUmuafia, ĂągĂ©e de 22 ans, prit son pot en terre cuite et se dirigea vers le ruisseau. Son estomac gargouillait depuis lâaprĂšs-midi, se tordant de douleurs si intenses quâelle se tenait le ventre entre les bras en marchant. Le chemin menant au ruisseau Ă©tait silencieux.

Les oiseaux gazouillaient paresseusement et les grands arbres se balançaient doucement, comme sâils chuchotaient entre eux. Onido voulait juste aller chercher de lâeau rapidement et revenir avant la nuit. Mais Ă peine arrivĂ©e Ă la riviĂšre, la douleur lancinante la transperça de nouveau, vive, urgente, implacable ; elle se figea. « Ah, pas ici », murmura-t-elle en scrutant les environs. Elle ne pouvait pas se soulager prĂšs de la riviĂšre.
Dâautres employĂ©s du palais passaient souvent par lĂ pour aller Ă la ferme ou faire dâautres courses. Alors, se tenant le ventre, elle se glissa plus profondĂ©ment dans le buisson, se frayant un chemin Ă travers les fougĂšres et les plantes rampantes, Ă la recherche dâun endroit cachĂ©. Au moment oĂč elle se pencha, une nouvelle vague de douleur la submergea. Elle entendit des voix.
Dâabord, elle crut que câĂ©tait son imagination, mais elle les entendit de nouveau. De doux murmures portĂ©s par le vent. Elle sâarrĂȘta, les oreilles aux aguets. Elle ne sâattendait pas Ă entendre des voix dans ce coin tranquille du buisson. Lâune dâelles lui semblait mĂȘme trĂšs familiĂšre. Onedor se redressa lentement, oubliant soudain la douleur Ă son ventre. Elle sâavança sur la pointe des pieds, Ă©cartant les feuilles de ses doigts tremblants. La personne qui parlait semblait proche. Elle hĂ©sita.
Elle savait quâelle ne devait pas ĂȘtre curieuse, mais quelque chose dans cette voix familiĂšre lâattirait comme un aimant. Elle se rapprocha un peu. Puis elle jeta un coup dâĆil Ă travers les feuilles et sa main se porta instinctivement Ă sa bouche. La reine Adaku, la seconde du roi, beaucoup plus jeune que lui. LâĂ©pouse du roi se tenait prĂšs dâun grand iraco, enlacĂ©e avec un homme grand et beau.
Onedo sentit sa respiration se couper, son cĆur sâemballa. CâĂ©tait la reine, lâĂ©pouse du roi, et cet homme. Elle cligna des yeux. CâĂ©tait Odu, le commandant et chef des guerriers du village. Elle fit un faux pas et une brindille sĂšche craqua bruyamment sous elle. La reine Adaku se dĂ©gagea brusquement. Odumu se retourna vivement, scrutant les buissons. « Qui est lĂ ? » aboya-t-il. Onedo haleta et prit ses jambes Ă son cou.
Ses jambes sâĂ©lancĂšrent avant mĂȘme quâelle ait pu rĂ©flĂ©chir. Elle courut Ă travers les buissons, les branches lui griffant les bras, les feuilles lui fouettant le visage, mais elle ne sâarrĂȘta pas. Malheureusement, la reine Adaku avait aperçu lâuniforme de servante du palais pendant sa course, et elle savait donc que câĂ©tait une servante qui les avait vus.
Onedo se prĂ©cipita vers la riviĂšre, ramassa son pot en terre cuite lĂ oĂč elle lâavait laissĂ© tomber, le plongea rapidement dans le courant et le rapporta chez elle. Son cĆur battait plus fort que le murmure de lâeau. De lâeau. Elle ne sentait mĂȘme plus son estomac dĂ©rangĂ©. En fait, tout son corps Ă©tait engourdi. Lorsquâelle atteignit les appartements du palais, la nuit Ă©tait tombĂ©e. Elle se glissa silencieusement dans la hutte quâelle partageait avec deux autres servantes, lâesprit tourmentĂ©.
Devait-elle en parler Ă quelquâun ? Devait-elle faire comme si elle nâavait rien vu ? Avant quâelle puisse se ressaisir, la porte sâouvrit en grinçant. La reine Adaku entra seule. Son regard Ă©tait perçant, son visage impassible. Elle referma doucement la porte derriĂšre elle. Trop doucement, ce qui effraya Onao plus que la colĂšre ne lâaurait fait. « Onedo, ma chĂšre », dit la reine calmement en sâapprochant. « Jâai entendu dire que tu Ă©tais allĂ©e au ruisseau ce soir. » Onedo dĂ©glutit difficilement. « Oui. »
« Oui, ma reine. » La reine Adaku inclina la tĂȘte. « Et jâai entendu dire que tu tâĂ©tais Ă©garĂ©e », dit-elle, essayant de confirmer quâil sâagissait bien dâelle. Les genoux dâAedo flĂ©chirent. « Jâavais mal au ventre, ma reine. Je nâavais pas lâintention dâaller loin. » La reine sourit. Mais ce nâĂ©tait pas un sourire chaleureux. CâĂ©tait⊠Un avertissement. « Je sais ce que vous croyez avoir vu », dit-elle doucement. « Et je veux que vous compreniez quelque chose.
Si vous tenez Ă la vie, taisez-vous. Mâentendez-vous ? » Ono sâagenouilla aussitĂŽt. « Ma reine, je nâai rien vu. Je le jure. Reposez en paix. Je ne dirai rien. Je ne comprends pas. » Adaku sâaccroupit prĂšs dâelle et lui releva le menton dâun doigt froid. « Bien », murmura-t-elle. « Gardez-le ainsi, car je mâoccupe toujours de ceux qui ne comprennent pas les limites. »
Puis elle se leva et quitta la hutte. Onedor resta agenouillĂ©e longtemps aprĂšs son dĂ©part, le souffle court, le cĆur lourd de peur. Avant tout cela, avant que Nambdi ne devienne roi et Adaku reine, Adaku Ă©tait simplement la fille du chef Aori, menant une vie paisible dans le village dâUmuia.
Nambdi avait grandi

Il avait grandi en ville, Ă©tudiĂ© Ă lâĂ©tranger et ne revenait quâoccasionnellement pour les fĂȘtes. Son pĂšre, lâancien roi, avait rĂ©gnĂ© sur Umuafia pendant plus de trente ans. Lorsque la vieillesse lâemporta, le conseil rappela Namdi au village. Il revint avec sa femme Ulma et leurs trois enfants adultes, Oena et Adise, la cadette. La vie lui semblait enfin complĂšte. Il avait une Ă©pouse aimante.
Il avait des enfants responsables. Il menait une vie rĂ©ussie hors du village. Devenir roi nâĂ©tait pas un rĂȘve quâil nourrissait. Mais le destin est souvent imprĂ©visible. AprĂšs les rites funĂ©raires, les anciens le couronnĂšrent roi Namdi dâUmu Afia et la tradition sâabattit aussitĂŽt sur lui comme une lourde corde.
Ă peine un mois aprĂšs son accession au trĂŽne, le conseil des anciens vint le trouver avec une affaire quâils prĂ©tendaient urgente. « Votre femme, dit le chef Okoro, est une bonne femme, mais elle nâest pas des nĂŽtres. » Le roi Namdi croisa les bras. « Câest ma femme, la mĂšre de mes enfants. Quel est le problĂšme ? » Le chef Okoro sâĂ©claircit la gorge. Notre tradition exige quâun roi Ă©pouse une femme dâUmuofia. LâĂ©pouse dâun roi doit ĂȘtre originaire de sa terre.
Sans cela, les dieux pourraient ne pas accepter pleinement votre rĂšgne. Le roi Namdi les regarda avec incrĂ©dulitĂ©. Ils lui annoncĂšrent sur-le-champ quâil devait prendre une nouvelle Ă©pouse, une fille de la terre. Ils ne lui laissĂšrent pas le temps de rĂ©flĂ©chir. Quelques semaines plus tard, ils revinrent avec leur choix : Adaku, la fille unique du chef Aori, un ancien trĂšs respectĂ©. Le roi Namdi, cependant, se sentait piĂ©gĂ©.
Il ne lâaimait pas. Il ne voulait pas dâune autre Ă©pouse. Il abhorrait lâidĂ©e de blesser Yuloma. Mais la tradition lâemportait sur les sentiments, et il lâĂ©pousa Ă contrecĆur. Câest ainsi quâelle devint sa seconde Ă©pouse et reine cadette. AprĂšs quâOnido eut surpris la reine Adaku et Odumu ce soir fatidique, la vie au palais reprit son cours comme si de rien nâĂ©tait.
La nuit dans la brousse nâĂ©tait quâun cauchemar quâOnido voulait dĂ©sespĂ©rĂ©ment oublier, mais elle nây parvenait pas. Chaque fois que la reine Adaku passait prĂšs dâelle, le cĆur dâOnido se serrait. Chaque fois que leurs regards se croisaient, ses mains tremblaient. La peur la suivait comme une ombre silencieuse. Elle essayait de la dissimuler, mais la peur a cette façon de se manifester dans les moindres gestes : des mains tremblantes lorsquâelle balayait, un sursaut dĂšs quâon lâappelait.
Un aprĂšs-midi, alors quâelle disposait des calebasses dans les cuisines du palais, la reine Ulma, la premiĂšre Ă©pouse du roi, entra. Elle observa Onedo en silence un instant, remarquant le tremblement de ses mains lorsquâelle travaillait. « Onedo, » appela-t-elle doucement, « tu sembles soucieuse ces derniers temps. Quelquâun tâa-t-il parlĂ© durement ou quelque chose te pĂšse-t-il sur le cĆur ? » Onedo esquissa un sourire forcĂ©, les yeux baissĂ©s.
« Rien, ma reine. » La reine Ola lâexamina attentivement, puis hocha lentement la tĂȘte. « Si jamais quelque chose ne va pas, souviens-toi que tu peux mâen parler. » Onedo baissa simplement la tĂȘte. Elle voulait parler. Elle voulait crier la vĂ©ritĂ©. Mais la peur la paralysa. Trois jours plus tard, le palais fut plongĂ© dans un chaos soudain.
Des tambours battaient avec urgence dans la cour, et des messagers accouraient dans toutes les directions. Les employĂ©s du palais se rassemblĂšrent, chuchotant frĂ©nĂ©tiquement. Quelque chose de grave sâĂ©tait produit. Le roi sortit, flanquĂ© de gardes. Son visage Ă©tait sĂ©vĂšre. « Ma perle sacrĂ©e, » annonça-t-il Ă haute voix. « Celle qui se trouvait dans mes appartements a disparu. » Des murmures dâeffroi parcoururent la cour.
La perle nâĂ©tait pas un simple ornement. CâĂ©tait un trĂ©sor royal censĂ© protĂ©ger le royaume. Sa perte Ă©tait un mauvais prĂ©sage, susceptible de semer la honte et la peur dans tout le pays, jusquâĂ ce quâelle soit retrouvĂ©e. Le roi dit : « Personne⊠» « Elle quitte le palais. » La panique se propagea comme une traĂźnĂ©e de poudre.
Les gardes retournĂšrent le palais de fond en comble, fouillant piĂšces, couloirs, chambres, cuisines, et mĂȘme les jardins. Les serviteurs murmuraient des priĂšres. Les reines restĂšrent dans leurs appartements, chacune feignant le calme. Le soir venu, la perle Ă©tait toujours introuvable. La reine Adaku sâavança alors, le regard froid et calculateur. « Mon roi, dit-elle en sâinclinant lĂ©gĂšrement. Je ne voulais pas vous le dire plus tĂŽt.
Mais je crois que le moment est venu. » Le roi fronça les sourcils. « Parlez. Cet aprĂšs-midi, jâai vu Oniedo sortir de votre chambre », dit-elle dâune voix forte, sâassurant que tous lâentendent. Onedo se figea. Des dizaines de regards se tournĂšrent instantanĂ©ment vers elle. Le roi fronça les sourcils. « Hao, avancez ! » rugit-il. Les pieds dâOnedo lui semblaient de pierre tandis quâelle sâapprochait.
« Mon roi, je nâĂ©tais lĂ que pour ranger. Câest ce que je fais tous les matins. » La reine Adeku croisa les bras. « Alors elle ne verra aucun inconvĂ©nient Ă ce que ses affaires soient fouillĂ©es. » Onedo parut un instant perplexe, puis acquiesça. « Cela ne me dĂ©range pas, mon roi. Je nâai rien Ă cacher. » Le roi fit signe aux gardes. « Apportez ses effets personnels.
Fouillez tout. » Les gardes saluĂšrent et sâĂ©loignĂšrent prĂ©cipitamment. Onedo attendit, tremblante, mais confiante quâon ne trouverait rien. Elle ne remarqua pas le sourire satisfait qui se dessina sur les lĂšvres de la reine Adeku. Quelques instants plus tard, les gardes revinrent avec son petit panier tressĂ© contenant ses vĂȘtements. Ils le dĂ©posĂšrent dans la cour et tout le monde se rassembla autour dâeux tandis quâils commençaient la fouille.
Ils soulevĂšrent ses pagnes, secouĂšrent ses foulards, dĂ©pliĂšrent chaque recoin. Onedo observa en silence, espĂ©rant quâils en auraient bientĂŽt fini pour quâelle puisse reprendre ses tĂąches. Soudain, un bruit sourd se fit entendre.
Le garde se figea. Sa main tremblait. « Mon roi », dit-il lentement en brandissant quelque chose. « Regardez ! » Des exclamations de surprise fusÚrent.
Dans la main du garde se trouvait la perle sacrĂ©e, brillante, indubitable, resplendissante comme une vĂ©ritĂ© interdite. Onido resta bouche bĂ©e. « Non, non », murmura-t-elle en secouant violemment la tĂȘte. « Mon roi, je le jure sur ma vie. Je ne sais pas comment cette chose est arrivĂ©e dans mon panier. Je le jure. » Mais la voix de la reine Adaku dĂ©chira lâair. Mensonges. Onedo fixa la perle avec horreur, comprenant que ce nâĂ©tait pas un accident. CâĂ©tait un piĂšge.
Et elle Ă©tait tombĂ©e dedans droit dessus. Tous les regards se tournĂšrent vers Onedo, tremblants, confus, fixant la perle sacrĂ©e dans la main du garde comme sâil sâagissait dâun serpent prĂȘt Ă frapper. « Mon roi ! » sâĂ©cria Unido Ă nouveau, tombant Ă genoux. « Je le jure sur tout ce qui mâest cher. Je ne lâai pas prise. Je ne sais pas comment elle est arrivĂ©e dans mon panier. Je ne sais pas. »
Ses mots Ă©taient dĂ©sespĂ©rĂ©s, mais sa voix fut couverte par le murmure dâindignation qui montait. La reine Adaku sâavança avec un souffle dramatique. « Jâai toujours eu des soupçons Ă cette fille », dit-elle en secouant la tĂȘte comme si elle avait le cĆur brisĂ©. « Mon roi, ce nâest pas la premiĂšre fois que des choses disparaissent dans mes appartements. Dâabord, câĂ©tait mon Ă©pingle Ă cheveux en corail, puis⊠» Peigne en ivoire.

Je suis restĂ©e silencieuse pour ne pas la faire honte, mais maintenant, je vois quâelle est allĂ©e trop loin. Des exclamations de surprise se sont rĂ©pandues comme une traĂźnĂ©e de poudre. Les serviteurs du palais ont Ă©changĂ© des regards inquiets. Onedo sâest Ă©tranglĂ©e avec ses mots. « Ma reine, je nâai jamais rien volĂ© dans ce palais. » « Je vous en prie, vous savez bien que je ne ferais jamais une chose pareille. » La reine Olma, qui observait la scĂšne en silence, sâavança. Son visage Ă©tait empreint dâinquiĂ©tude.
« Mon roi, dit-elle doucement, Onedo est avec nous depuis des annĂ©es. Elle nous a servi fidĂšlement. Elle nâa jamais montrĂ© le moindre signe de malhonnĂȘtetĂ©. Jâai du mal Ă le croire. » Les yeux dâOnedo sâilluminĂšrent dâune lueur dâespoir. Mais la voix de la reine Adaku la trancha net. « Bien sĂ»r que vous avez du mal Ă le croire, rĂ©torqua-t-elle sĂšchement. Car les voleurs se cachent derriĂšre une bonne conduite.
Mais regardez, la preuve est lĂ , dans son panier. Que nous faut-il de plus ? » Le roi Nanamdi serra les dents. Sa colĂšre Ă©tait palpable. « Onido, dit-il dâune voix tremblante de fureur. La perle Ă©tait parmi vos affaires. Ma perle sacrĂ©e, celle que je conserve dans la piĂšce la plus intime de ma chambre. »
« Comment osez-vous ? Comment avez-vous pu entrer dans cette piĂšce ? Je nâai fait que nettoyer les piĂšces extĂ©rieures, murmura Onedo, les larmes aux yeux. Je jure que je nâai jamais touchĂ© Ă votre⊠» Des choses sacrĂ©es. Je vous en prie, mon roi, croyez-moi. Le roi frappa le sol de son sceptre. Assez ! Elle tressaillit violemment. On vous faisait confiance, Onido. On vous a accueillie dans mon palais, et vous nous le rendez en volant la perle sacrĂ©e. Une perle qui protĂšge tout le royaume.
« Non, mon roi, je vous en prie », implora-t-elle en rampant, le front contre le sol. Des gardes sâinterposĂšrent, la repoussant. Tous dĂ©tournĂšrent le regard. La reine Ulma sâavança de nouveau, les yeux humides. « Mon roi, je ne souhaite pas remettre en question votre jugement, mais je vous en prie, peut-ĂȘtre devrions-nous enquĂȘter davantage. » « Pas dâenquĂȘte ! » tonna le roi.
« Les preuves sont sous nos yeux. Ses excuses insultent mon intelligence. » Onido sanglotait, impuissante. Ses mains tremblaient. Tout son corps était secoué de frissons, comme si le sol se dérobait sous ses pieds. Le visage du roi se durcit comme une statue de pierre. « Je ne peux tolérer une voleuse dans mon palais », dit-il froidement. « Et je ne peux laisser un tel crime impuni. » Il leva son sceptre.
« Onido, fille de personne, servante. » « Mme de ma maisonnĂ©e, tu es bannie du royaume dâUmu Aafia. Tu partiras avant le coucher du soleil. Si jamais tu reviens, ton sang souillera notre terre.» Un cri dĂ©chirant, rauque et insoutenable, sâĂ©chappa de la gorge dâOnedo. Le roi se tourna vers les gardes : « Escortez-la jusquâaux frontiĂšres.»
Deux gardes se prĂ©cipitĂšrent et la saisirent par les bras, la tirant sur ses pieds. « Non, non, je vous en prie !» hurla Onedo en se dĂ©battant. « Je suis innocente ! Ma reine Aloma, aidez-moi ! Je vous en prie !» Les yeux de la reine Ol se remplirent de larmes, mais elle ne put parler. Elle ne pouvait dĂ©sobĂ©ir au roi. Les gardes traĂźnĂšrent Onedo Ă travers la cour. Tandis quâelle pleurait, se dĂ©battait et suppliait, sa voix rĂ©sonnait dans lâenceinte quâelle avait jadis nettoyĂ©e avec fiertĂ©. Les serviteurs du palais, le cĆur lourd, observaient la scĂšne.
Certains murmuraient des priĂšres. Dâautres dĂ©tournaient le regard, incapables de supporter le spectacle. La reine Adaku, droite et fiĂšre, joignit simplement les mains derriĂšre son dos. Son expression Ă©tait indĂ©chiffrable. Les portes sâouvrirent. Les gardes poussĂšrent. Onedo franchit les portes du palais et la relĂącha aux abords du royaume. « Va-tâen », murmura lâun dâeux, honteux.
Avant que le roi ne change dâavis, elle resta lĂ , tremblante, la poussiĂšre rouge du chemin frontalier tourbillonnant autour de ses pieds nus. Les gardes firent demi-tour sans attendre, refermant les portes derriĂšre eux. Onedo demeura figĂ©e un instant. Puis la rĂ©alitĂ© la frappa de plein fouet. Elle Ă©tait seule, bannie, accusĂ©e dâun crime quâelle nâavait pas commis.
ArrachĂ©e de force au seul foyer quâelle ait jamais connu. Ses jambes flanchĂšrent. Ses larmes commencĂšrent Ă couler lentement, puis de façon incontrĂŽlable. Elle porta sa main Ă sa bouche pour Ă©touffer ses sanglots, mais ils la submergĂšrent.
Elle essaya de pleurer jusquâĂ ce que sa voix se brise, jusquâĂ ce que sa gorge la brĂ»le, jusquâĂ ce quâelle nâait plus aucune force. Finalement, les jambes tremblantes, elle se força Ă se relever et continua de marcher, car il nây avait rien dâautre Ă faire.
Marcher, pleurer, et espĂ©rer que les tĂ©nĂšbres engloutissent sa douleur. Tandis quâOneda errait en larmes, la reine Adaku traversait la cour du palais avec un sourire satisfait, le pas lĂ©ger, le cĆur triomphant. Elle ne ressentait ni honte, ni regret, ni remords. Tout sâĂ©tait dĂ©roulĂ© Ă la perfection. Onedo, la seule personne qui connaissait son secret le plus intime, avait disparu.
La reine Adaku quitta le palais discrĂštement, demandant Ă sa servante de rester, prĂ©textant avoir besoin dâun moment de solitude, comme elle le demandait toujours avant de rejoindre Odumu. Ses yeux pĂ©tillaient dâexcitation tandis quâelle se dirigeait vers le coin tranquille et broussailleux. Ce mĂȘme refuge secret quâelle frĂ©quentait depuis des mois.
LĂ , appuyĂ© contre lâĂ©corce, les bras croisĂ©s, se tenait Odu Megu, son amant secret et commandant des guerriers. Ă sa vue, il sourit. « Tout sâest bien passĂ© ? » « Ăa a marchĂ© », murmura-t-elle. Onedo a Ă©tĂ© bannie. Odu Megu laissa Ă©chapper un petit rire. « Bien jouĂ© », murmura-t-il. « Nous pouvons maintenant faire des projets sans interfĂ©rence. » Et ils poursuivirent leur liaison secrĂšte et interdite. Quant Ă Onaido, elle continua de marcher. Elle ignorait oĂč elle allait.
Elle savait seulement quâelle devait continuer dâavancer, sous peine de sâeffondrer sous le poids de sa propre douleur. Ses larmes avaient sĂ©chĂ©, mais la douleur lancinante dans ses cĂŽtes ne faisait que sâintensifier. Elle traversa trois villages sans sâarrĂȘter pour se reposer ; elle nâavait ni nourriture, ni eau, ni direction. Ă la tombĂ©e de la nuit, ses jambes Ă©taient comme du bois. Mais elle continua de marcher.
Lorsque lâaube se leva enfin, Onedo se retrouva au cĆur dâune forĂȘt dense et infinie. Son estomac gargouilla bruyamment. Elle nâavait pas mangĂ© depuis prĂšs de deux jours. Sa tĂȘte se mit Ă tourner. Sa respiration devint superficielle. Pourtant, elle continua dâavancer. Soudain, sa vision se brouilla. Les arbres se mirent Ă onduler comme des ombres vivantes. Ses genoux flĂ©chirent dans un lĂ©ger halĂštement. Onedo sâeffondra sur le sol de la forĂȘt. Tout devint noir.
Des heures plus tard, ou peut-ĂȘtre quelques minutes, elle ne sut dire. Le bruissement de pas rĂ©sonna dans le feuillage. Une femme dâĂąge mĂ»r, au regard calme, sâapprocha et la regarda. Elle tenait un panier rempli dâherbes et de feuilles fraĂźchement cueillies. CâĂ©tait une guĂ©risseuse venue dans la forĂȘt pour cueillir des plantes mĂ©dicinales. La femme lui toucha le front. « BrĂ»lante de fiĂšvre, dĂ©shydratĂ©e. ĂpuisĂ©e », murmura-t-elle.
Heureusement, elle Ă©tait accompagnĂ©e dâun homme dont elle soignait le pĂšre. Elle lâappela et il sortit dâune autre partie de la forĂȘt. Elle lui demanda de lâaider Ă porter Ona Edido. Il obĂ©it sans un mot. Il souleva le corps inerte dâOnido et la transporta Ă travers la forĂȘt jusquâau village dâAnom.
Quelques instants plus tard, Ona Edido se rĂ©veilla sur une natte moelleuse enveloppĂ©e dans un linge propre. Le parfum des herbes embaumait lâair. La guĂ©risseuse sâassit prĂšs dâelle, remuant une petite marmite en terre cuite sur un poĂȘle en bois. « Tu es rĂ©veillĂ©e », dit-elle avec un doux sourire. « Bois ceci. » Onido tenta de parler, mais ses lĂšvres tremblaient.
La guĂ©risseuse lui releva lĂ©gĂšrement la tĂȘte et lui donna une infusion chaude. Peu Ă peu, la force lâenvahit, la vie revenant dans ses veines. « Que sâest-il passĂ© ? » murmura Onido. « Je tâai trouvĂ©e dans la forĂȘt », rĂ©pondit la guĂ©risseuse. « Je mâappelle Mama Ephuna. Je suis herboriste. Tu Ă©tais trĂšs faible. » Les yeux dâOnido se remplirent de larmes. « Merci, maman. » Ifa lui tapota la main. « Repose-toi dâabord. Quand tu seras plus forte, tu pourras me raconter ton histoire. »
Les jours passĂšrent. Onido recouvra ses forces. Petit Ă petit, Mama Ephuna la nourrit, soigna sa fiĂšvre, nettoya ses plaies et veilla sur elle avec la patience dâune mĂšre. Enfin, lorsquâOnido put sâasseoir correctement, la guĂ©risseuse demanda : « Maintenant, mon enfant, qui es-tu et pourquoi Ă©tais-tu seule dans cette forĂȘt ? » Onido Ă©clata en sanglots. Elle raconta tout Ă Mama Ephuna : comment elle avait Ă©tĂ© accusĂ©e Ă tort dâavoir volĂ© les perles du roi et comment elle avait Ă©tĂ© bannie sans procĂšs Ă©quitable. Mais elle ne mentionna pas quâelle avait surpris la reine en compagnie dâun autre homme. Elle jura ensuite Ă Mama Ephuna quâelle ignorait comment la perle sâĂ©tait retrouvĂ©e parmi ses affaires. « Je te crois, Maman », dit doucement Ephuna.
« La vie est pleine de mystĂšres qui nous dĂ©passent, et celui-ci nâen est quâun. Mais tu es en sĂ©curitĂ© maintenant. » Anedo sanglota doucement. « OĂč irai-je ? Je nâai pas de maison. Jâai Ă©tĂ© recueillie comme esclave et je suis devenue servante au palais. » Mama Ununana sourit avec une profonde tendresse. « Alors reste ici. Reste avec moi. Je nâai pas de fille. »
« Et peut-ĂȘtre que le destin tâa conduite jusquâĂ moi pour une raison. » Onedo porta la main Ă sa bouche tandis que des larmes coulaient Ă nouveau, non pas de tristesse cette fois, mais de soulagement. « Merci, Maman. Merci », murmura-t-elle. Les semaines se transformĂšrent en mois. Maman Eunana commença Ă enseigner lâherboristerie Ă Yayido.
Comment identifier les feuilles mĂ©dicinales, comment broyer les herbes, comment mĂ©langer les racines, comment soigner les fiĂšvres, les infections, les blessures, comment interprĂ©ter les signes de la nature, comment se connecter Ă lâesprit de la terre. Onodador apprit vite, plus vite que nâimporte quel apprenti que Maman Ifa ait jamais formĂ©. Elle Ă©tait concentrĂ©e, disciplinĂ©e,

Avide de savoir, déterminée à reconstruire sa vie.
BientĂŽt, les villageois commencĂšrent Ă parler dâOnedo. Elle devint cĂ©lĂšbre. On venait de loin pour la rencontrer. Elle soigna, sauva et rĂ©conforta de nombreuses personnes. Son nom se rĂ©pandit. On murmurait lâhistoire dâune jeune guĂ©risseuse aux mains de lumiĂšre et Ă la sagesse prĂ©coce. Sept annĂ©es sâĂ©coulĂšrent depuis le jour oĂč Onedo fut traĂźnĂ©e en larmes dans la cour du palais. Les murs du palais oubliĂšrent son nom.
La reine Adaku, dĂ©sormais pleinement installĂ©e dans son rĂŽle, avait donnĂ© naissance Ă un fils nommĂ© Oina, un beau garçon adorĂ© du roi. Mais lorsquâAbina eut cinq ans, un Ă©vĂ©nement inattendu se produisit. Il tomba soudainement malade. Au dĂ©but, les guĂ©risseurs du village crurent Ă une simple affection. Mais les jours passĂšrent, sans amĂ©lioration. Puis les semaines, toujours rien. On fit appel aux guĂ©risseurs des villages voisins.
Les herboristes vinrent avec leurs racines les plus puissantes, mais rien nây fit. DĂ©sespĂ©rĂ© et effrayĂ©, le roi Nambdi ordonna que son fils soit emmenĂ© Ă lâhĂŽpital de la ville. Les mĂ©decins examinĂšrent lâenfant de la tĂȘte aux pieds, effectuĂšrent une sĂ©rie de tests, mais restĂšrent perplexes. Il ne semblait pas souffrir dâanomalies mĂ©dicales, alors ils retournĂšrent au village.
La peur se rĂ©pandit comme une traĂźnĂ©e de poudre dans le palais. La reine Adaku pleurait jour et nuit, Ă bout de nerfs sous le poids de lâimpuissance. Puis, un soir, un villageois arriva, essoufflĂ©, aux portes du palais. « Jâapporte des nouvelles dâun guĂ©risseur », annonça-t-il. Une puissante guĂ©risseuse dâAnomand. On dit quâelle ramĂšne les mourants Ă la vie, les dĂ©sespĂ©rĂ©s Ă lâespoir.
Le roi Anami nâattendit pas quâon lâinvite. Il voulait que son fils soit guĂ©ri immĂ©diatement. « PrĂ©parez le carrosse royal », ordonna-t-il. Oindna fut aussitĂŽt prĂ©parĂ©e pour le voyage. Le trajet fut long. Adaku Ă©tait assise prĂšs de son fils. Deux chefs les accompagnaient, assurant protection et autoritĂ©.
Ils arrivĂšrent au village et empruntĂšrent dâĂ©troits sentiers jusquâĂ une petite hutte oĂč des herbes sĂ©chaient et oĂč sâĂ©levait doucement la fumĂ©e dâun feu de cuisine. Ils patientĂšrent dans la hutte des visiteurs pendant que quelquâun allait inviter la guĂ©risseuse. Quelques instants plus tard, elle sortit. Elle marchait lentement, son pagne bien nouĂ©, ses cheveux soigneusement tressĂ©s, sa prĂ©sence calme et digne.
Tout en elle rayonnait de force et de paix. Elle leva les yeux et se figea. Les chefs poussĂšrent un cri dâeffroi. La reine Adaku recula en titubant, la main portĂ©e Ă la bouche. La guĂ©risseuse Ă©tait Onedo, la servante bannie. Onedo la fixa du regard. Ils restĂšrent silencieux. Le temps sembla suspendu. La reine Adaku retrouva enfin sa voix. « Oh, Onedo, ĂȘtes-vous la guĂ©risseuse ? » Onedo hocha la tĂȘte sans rien dire.
Elle se contenta de regarder tour à tour son fils et elle. Et la question se posa entre elles comme une lame. Onedo devait-elle soigner le garçon ? La suite au prochain épisode.

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