Accord UE-Mercosur : « Une trahison française » – Jordan Bardella accuse Macron de signer l’arrêt de mort de nos agriculteurs

Accord UE-Mercosur : « Une trahison française » – Jordan Bardella accuse Macron de signer l’arrêt de mort de nos agriculteurs

Emmanuel Macron pense accepter l'accord commercial entre l'UE et le Mercosur,  la FNSEA dénonce « un reniement total » - Le Parisien

La tension est à son comble dans le monde agricole, et la scène politique française s’embrase à nouveau sur un sujet aussi vieux que l’Union européenne elle-même, mais plus brûlant que jamais : le traité de libre-échange avec le Mercosur. Alors que les négociations entre Bruxelles et les pays d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) semblent s’accélérer vers une conclusion, Jordan Bardella, président du Rassemblement National, a lancé une charge violente et frontale contre le chef de l’État.

Pour le leader nationaliste, les choses sont claires : en laissant faire, voire en accompagnant ce processus, « Emmanuel Macron acte la fin du modèle agricole français ». Cette déclaration n’est pas une simple hyperbole d’opposant ; elle traduit une angoisse existentielle qui traverse toutes les campagnes de France. Elle pose la question de la survie même de notre souveraineté alimentaire face aux géants de l’agrobusiness mondial.

Le spectre de la concurrence déloyale

Au cœur de l’accusation portée par Jordan Bardella se trouve le concept de distorsion de concurrence. Depuis des années, les agriculteurs français sont soumis à des normes environnementales, sanitaires et de bien-être animal parmi les plus strictes au monde. Ils ont consenti à des efforts colossaux pour monter en gamme, réduire les pesticides et tracer leurs produits de la fourche à la fourchette.

Or, l’accord avec le Mercosur prévoit l’importation à droits de douane réduits, voire nuls, de dizaines de milliers de tonnes de viande bovine, de volaille, de sucre et d’éthanol venant d’Amérique du Sud. Le problème ? Ces pays ne jouent pas avec les mêmes règles.

Bardella pointe du doigt une aberration : comment demander à un éleveur du Cantal ou de Normandie d’être compétitif face à des “fermes-usines” brésiliennes de 50 000 têtes de bétail, où l’usage d’antibiotiques activateurs de croissance est monnaie courante, et où les normes sociales sont inexistantes ? Pour le président du RN, c’est organiser sciemment la faillite de la ferme France. C’est mettre sur le ring un poids plume contre un poids lourd dopé, et regarder le massacre en applaudissant au nom du libre-échange.

L’hypocrisie du « En même temps »

L’attaque de Jordan Bardella vise spécifiquement la posture d’Emmanuel Macron. Le chef de l’État a souvent répété son opposition à l’accord « en l’état », réclamant des « clauses miroirs » (imposer nos normes aux produits importés). Mais pour le RN, ce ne sont que des mots, un écran de fumée destiné à calmer la colère paysanne le temps d’une élection ou d’un salon de l’Agriculture.

Bardella dénonce un double discours insupportable. D’un côté, le gouvernement français sur-transpose les normes européennes, interdit des produits phytosanitaires encore autorisés chez nos voisins, et accable les agriculteurs de paperasse administrative. De l’autre, il participe à une Union européenne qui négocie l’ouverture de notre marché à des produits qui utilisent précisément les substances interdites en France.

« C’est du cynisme pur », analyse l’entourage de Bardella. On sacrifie l’agriculture pour vendre des voitures allemandes ou des services en Amérique du Sud. Dans cet échange commercial global, le paysan français est la variable d’ajustement, la monnaie d’échange que l’on est prêt à perdre.

Jordan Bardella dénonce une "fin du modèle agricole français" après les  propos d'Emmanuel Macron sur le Mercosur | So Busy Girls

Un scandale sanitaire en puissance ?

Au-delà de l’économie, c’est l’argument sanitaire qui porte le plus auprès du grand public. Jordan Bardella appuie là où ça fait mal : le contenu de nos assiettes. Importer massivement de la viande du Mercosur, c’est accepter de faire consommer aux Français des produits qui ne respectent pas nos standards de santé publique.

L’utilisation de farines animales, d’hormones de croissance, ou de pesticides classés cancérigènes et interdits en Europe est documentée dans ces pays producteurs. En ouvrant les vannes, on ne fait pas que ruiner l’éleveur français ; on trompe le consommateur. On lui propose une alimentation à bas prix, certes, mais à quel coût sanitaire ?

Bardella joue ici sur la corde sensible de la protection. Il se pose en défenseur de la gastronomie française, de la qualité, du terroir, face à une “bouffe” mondialisée standardisée et potentiellement dangereuse. C’est un argument qui résonne fort dans un pays où l’alimentation est sacrée.

La souveraineté alimentaire en péril

La crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine avaient pourtant remis au goût du jour la notion de souveraineté alimentaire. Emmanuel Macron lui-même déclarait qu’il était fou de déléguer notre alimentation à d’autres. Pourtant, selon Jordan Bardella, cet accord fait exactement l’inverse.

En fragilisant nos filières locales, en poussant les éleveurs à la faillite, nous nous rendons dépendants des importations. Si demain, pour une raison géopolitique ou climatique, les importations se coupent, que mangerons-nous si nous avons tué nos producteurs ?

« Acter la fin du modèle agricole français », c’est accepter que la France ne soit plus une grande puissance agricole, mais un simple jardin pour touristes, pendant que sa population est nourrie par des cargos venus de l’autre bout de l’Atlantique. Pour le RN, c’est une perte d’indépendance nationale inacceptable.

Pourquoi Jordan Bardella a écourté sa conférence de presse après le  discours de Macron sur l'Europe

Vers une nouvelle révolte paysanne ?

Cette prise de parole offensive de Jordan Bardella n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un contexte de bouillonnement social. Les agriculteurs, qui avaient bloqué les routes l’hiver dernier, sont toujours sur le pied de guerre. Les promesses n’ont pas toutes été tenues, les trésoreries sont exsangues, et les récoltes ont été mauvaises à cause de la météo.

Le Mercosur pourrait être l’étincelle qui rallume l’incendie. En chargeant Emmanuel Macron sur ce dossier, Bardella se place aux côtés des tracteurs. Il prévient : si cet accord passe, ce ne sera pas seulement une signature sur un papier, ce sera une déclaration de guerre au monde rural.

Le message est passé. Pour Jordan Bardella, 2027 se joue aussi dans les cours de ferme. Et en accusant le président de signer l’arrêt de mort de l’agriculture, il oblige l’exécutif à sortir de l’ambiguïté : choisir entre la protection de ses paysans ou la fuite en avant dans la mondialisation. Le duel est posé, et les conséquences se mesureront dans les urnes, mais surtout dans nos champs.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *