“C’est insupportable !” : débat tendu entre Aurélien Le Coq (LFI) et Erik Tegnér sur Rima Hassan

C’est une atmosphère électrique, presque irrespirable, qui régnait ce matin dans les studios d’Europe 1. Alors que la France se réveille avec un gouvernement remanié qui semble faire du neuf avec du vieux, le député de la France Insoumise (LFI), Aurélien Le Coq, était l’invité d’un face-à-face sous haute tension avec Erik Tegnér. Ce qui devait être un bilan politique s’est rapidement transformé en une joute verbale d’une intensité rare, balayant tout sur son passage : de la légitimité d’Emmanuel Macron à la guerre à Gaza, en passant par le cas brûlant de Rima Hassan. Retour sur un moment de radio qui fera date.
Un gouvernement de “morts-vivants” : l’attaque frontale
Dès les premières minutes, le ton est donné. Aurélien Le Coq ne fait pas dans la dentelle pour qualifier la nouvelle équipe gouvernementale. Pour le député du Nord, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un « gouvernement de morts-vivants » ou de « mercenaires ». Il pointe du doigt la reconduction de figures comme Gérald Darmanin ou Aurore Bergé, symboles selon lui d’une politique désavouée par les urnes.
« On marche absolument sur la tête », s’indigne-t-il, citant des nominations qu’il juge aberrantes, comme celle de Mathieu Lefèvre à l’Écologie, qu’il qualifie de « fanatique des pesticides ». Pour LFI, le message est clair : le déni de démocratie continue. La seule issue ? Le départ pur et simple d’Emmanuel Macron, soit par la démission, soit par la destitution. Une posture de rupture totale qui contraste avec les hésitations des autres forces d’opposition.
Le duel des motions : LFI contre le RN
Le débat prend une tournure plus stratégique lorsque la question de la censure est abordée. Aurélien Le Coq balaye d’un revers de main l’idée de voter une motion déposée par le Rassemblement National (RN), arguant que celle des Insoumis sera examinée en premier. Mais au-delà de la technique parlementaire, c’est une véritable accusation de trahison politique qu’il lance à l’encontre du parti de Marine Le Pen.
L’intervention de François, un auditeur chauffeur routier de Rhône-Alpes, offre une séquence de vérité poignante. Électeur du RN, François exprime son dégoût face à la situation économique et politique. La réponse de Le Coq est cinglante, non pas envers l’auditeur, mais envers les dirigeants du RN. « Vous êtes trahi par les gens pour lesquels vous votez », lance-t-il. Il accuse le RN d’avoir permis, par son absence de censure, l’augmentation des taxes sur l’électricité et la survie politique de Macron. Une tentative claire de LFI de récupérer la colère populaire en se positionnant comme la seule véritable opposition au système en place.
Gaza et Israël : le point de rupture
Mais c’est véritablement lorsque le débat glisse sur le terrain international que les esprits s’échauffent dangereusement. Interrogé sur la libération d’otages et de prisonniers palestiniens, ainsi que sur l’élection de Donald Trump, Aurélien Le Coq refuse de jouer le jeu des questions binaires imposées par le plateau.
S’il salue la libération des otages, il insiste lourdement sur le sort des « prisonniers politiques palestiniens ». C’est ici que le clash avec Erik Tegnér devient inévitable. Tegnér tente de coincer le député : « Parmi ceux qui vont être libérés, il y a des criminels, pas des prisonniers politiques. » La réplique de Le Coq est immédiate et sans concession : il conteste la légitimité même de la justice israélienne, qualifiant le gouvernement Netanyahou de « gouvernement délinquant » qui ne respecte pas le droit international.
Le député LFI refuse obstinément de qualifier les prisonniers palestiniens de « terroristes » ou de « criminels », préférant dénoncer une justice d’occupation. « Les gens qu’emprisonne Israël sont en immense partie des prisonniers politiques », martèle-t-il, provoquant l’ire de ses interlocuteurs qui l’accusent de glissement sémantique dangereux.

L’affaire Rima Hassan : “C’est insupportable !”
Le sommet de la tension est atteint lors de l’évocation de Rima Hassan, figure controversée de LFI. Erik Tegnér attaque : « J’ai l’impression qu’elle n’est pas militante française ou députée française, mais militante palestinienne. »
Loin de reculer, Aurélien Le Coq assume et revendique : « Rima Hassan est une militante palestinienne qui se bat pour la paix. » Une phrase qui fait bondir Tegnér, qualifiant ces propos d’« insupportables » pour une élue de la République française. Le Coq tente de nuancer en rappelant qu’elle est aussi une élue du peuple français et que son combat pour le droit international est universel, mais le mal est fait : la fracture est béante. Pour LFI, soutenir la cause palestinienne est un devoir d’humanité et de droit ; pour leurs opposants, c’est une dérive qui frôle l’allégeance étrangère.
La question du Hamas et la démilitarisation
Poussé dans ses retranchements sur la question de la démilitarisation du Hamas, Le Coq refuse de condamner unilatéralement sans contexte. Il rappelle que la résistance palestinienne naît de l’occupation et du « génocide » en cours à Gaza. « La reconnaissance de l’État palestinien nécessite qu’ils puissent avoir les moyens de se défendre », affirme-t-il, tout en appelant à des élections démocratiques en Palestine pour que le peuple choisisse souverainement ses dirigeants. Une position complexe, qui refuse la simplification « gentils contre méchants », mais qui, dans le climat médiatique actuel, est perçue par ses adversaires comme une ambiguïté coupable.
Conclusion : Un dialogue de sourds ?

Cet échange houleux sur Europe 1 est le miroir grossissant d’une France fracturée. D’un côté, une gauche radicale qui refuse de dissocier la politique intérieure de la justice internationale, prête à choquer pour défendre ses principes. De l’autre, une droite et une extrême droite qui tentent de coincer LFI sur des enjeux moraux et patriotiques.
Ce qui ressort de cette interview, c’est l’image d’un pays où le compromis semble désormais impossible. Entre un gouvernement accusé d’illégitimité et une opposition qui se déchire sur les définitions mêmes de terrorisme et de résistance, le fossé se creuse. Et au milieu, des citoyens comme François, le chauffeur routier, qui comptent les points en espérant que quelqu’un, quelque part, se soucie encore réellement de leur quotidien. Une chose est sûre : avec des débats d’une telle virulence, l’apaisement n’est pas pour demain.