“C’est un combat à mort” : Amine Kessaci, militant anti-drogue, invité d’Apolline de Malherbe

C’est une scène d’une intensité rare, où les mots peinent à franchir la barrière des larmes. Ce matin, sur le plateau de RMC et BFM TV, l’heure n’était pas à l’analyse politique froide, mais à l’émotion brute, celle qui prend aux tripes et ne vous lâche plus. Amine Kessaci, 22 ans, fondateur de l’association “Conscience”, est apparu brisé face à Apolline de Malherbe. Il y a une semaine tout juste, la guerre du narcotrafic lui a arraché son petit frère, Medy. Pas un trafiquant, pas un guetteur, mais un jeune homme de 20 ans, coupable d’un seul crime : porter le même nom que celui qui ose défier les dealers.
Le Poids insoutenable de la Culpabilité
“Il est mort pour rien. Il est coupable que d’une seule chose, c’est d’avoir été mon petit frère.” Ces mots, prononcés d’une voix tremblante, résonnent comme un aveu terrible. Amine Kessaci vit aujourd’hui le cauchemar de tout grand frère : la conviction, bien que fausse, d’être responsable. “Quand je vois mes mains, je vois le sang de mon frère”, confie-t-il, les yeux embués.
Les tueurs voulaient atteindre Amine. Ils savaient que le militant anti-drogue était trop protégé, trop exposé médiatiquement. Alors, dans une logique mafieuse digne des cartels les plus sanguinaires, ils se sont rabattus sur la cible la plus tendre, la plus innocente. Medy était un “dommage collatéral” calculé, un message de terreur envoyé à tous ceux qui, comme Amine, refusent de baisser les yeux devant les trafiquants.
Medy, le “Gardien de la Paix” fauché en plein vol
L’horreur de ce drame est accentuée par le profil de la victime. Loin des clichés des jeunes de cités impliqués dans le “charbon”, Medy rêvait de l’uniforme. “Mon frère, c’est un gardien de la paix”, martèle Amine. Passionné par les séries policières, il s’était inscrit au concours pour entrer dans la police. Il voulait servir l’État, protéger les citoyens.
Quelques jours avant sa mort, il envoyait encore des photos de sa nièce à la ferme pédagogique, profitant d’une vie simple et insouciante. Amine raconte, la gorge nouée, comment il l’avait mis en garde : “On a la même tête, fais attention”. Mais Medy, dans la candeur de ses 20 ans, riait de ces avertissements, persuadé que son innocence était sa meilleure armure. Il se trompait. La barbarie n’a que faire de l’innocence.
Une Famille décimée, une Mère anéantie
La tragédie des Kessaci est celle d’une répétition macabre. En 2020, la famille enterrait déjà Brahim, l’aîné, lui aussi victime de la violence des quartiers. Aujourd’hui, c’est le “petit dernier” qui s’en va. L’image de la mère d’Amine, décrite comme “anéantie” et “brisée”, hante le témoignage. Comment survivre à la perte de deux enfants ? Comment continuer à vivre quand votre foyer est devenu une cible ?
“Aujourd’hui, on est sous protection, mais ça ne ramènera plus Medy”, souffle Amine. La réalité de son quotidien est désormais celle d’un homme traqué. Exfiltré de Marseille dès le mois d’août sur les conseils des autorités, il vit entouré d’anges gardiens armés. Mais cette sécurité renforcée a un goût amer : elle a sauvé sa vie, mais n’a pas pu protéger celle de son frère.
La “Mexicanisation” : Un constat lucide et effrayant
Amine Kessaci refuse de voir ce drame comme un simple fait divers local. Pour lui, c’est le symptôme d’une “Mexicanisation” de la France, un terme souvent utilisé par les experts et qui prend ici une réalité charnelle. “Pas besoin d’aller voir à l’étranger, regarde ce qui se passe chez nous”, lance-t-il. Que ce soit à Marseille, Rennes ou Nîmes, les méthodes sont les mêmes : intimidation, assassinats ciblés, terreur sur les familles.
Il pointe du doigt les commanditaires, ces “lâches” installés à Dubaï ou en Thaïlande, qui ordonnent des exécutions depuis le confort de leur exil doré ou de leur cellule de prison. C’est une “lutte à mort” qui est engagée, non plus seulement pour le contrôle d’un point de deal, mais pour le contrôle du territoire et des consciences.
L’Appel au Sursaut National

Malgré la douleur, Amine Kessaci fait preuve d’une résilience hors du commun. Il ne veut pas de vengeance, il veut la justice et le réveil de la nation. Il s’adresse directement aux consommateurs, ces “complices” parfois inconscients qui, en achetant leur barrette de cannabis ou leur gramme de cocaïne, financent les balles qui ont tué Medy. “Plus personne ne pourra dire : je ne savais pas”, prévient-il.
Son appel est clair : il faut une réponse globale. Policière, certes, avec des moyens pour les enquêteurs afin de remonter les filières, mais aussi sociale. Il réclame une “révolution sociale” dans les quartiers abandonnés, le retour des services publics, et une prise de conscience massive.
Ce samedi, une marche blanche sera organisée à la mémoire de Medy. Amine espère y voir une foule immense, pour prouver que la peur n’a pas gagné. “Ils ne pourront pas tuer tout un peuple”, assure-t-il. En se relevant, en parlant malgré les larmes, Amine Kessaci ne défend plus seulement la mémoire de son frère ; il incarne la résistance d’une République qui refuse de plier genou face à la barbarie.

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