Ce jeudi 27 novembre 2025 restera gravé comme l’un des moments les plus électriques de la session parlementaire. Ce qui devait être une discussion technique et solidaire sur les territoires d’Outre-mer s’est transformé en un véritable champ de bataille verbal entre le Rassemblement National (RN) et La France Insoumise (LFI). Insultes personnelles, accusations de racisme et menaces de retrait de texte : retour sur une séance où la digue républicaine a semblé céder sous le poids des haines partisanes.
L’étincelle : Un texte pour les Outre-mer pris en otage
L’ordre du jour semblait pourtant consensuel, ou du moins, nécessaire : un texte portant sur la justice sociale et l’égalité pour les citoyens ultramarins. Mais très vite, l’atmosphère s’est alourdie. Mathilde Panot, cheffe de file des Insoumis, a ouvert les hostilités en dénonçant une « obstruction » caractérisée de la part de l’extrême droite.
Selon elle, le RN et ses alliés de l’UDR (Union des Droites pour la République) auraient déposé pas moins de 97 amendements et sous-amendements, une stratégie perçue comme une manœuvre dilatoire pour empêcher le vote du texte dans les délais impartis. « L’extrême droite est l’ennemi des ultramarins », a-t-elle martelé, menaçant même de demander une suspension de séance, voire de retirer le texte si le « sabotage » continuait.
La contre-attaque cinglante de Jean-Philippe Tanguy
La réponse du député RN Jean-Philippe Tanguy ne s’est pas fait attendre, et elle fut d’une brutalité rare. Loin de s’excuser, il a lancé une diatribe enflammée contre les élus de gauche. « Je comprends que les députés de gauche qui n’ont strictement aucune parole, aucune valeur, aucun principe, aucune éducation, bref rien, soient toujours dans la suspicion », a-t-il asséné sous les huées.
Tanguy a retourné l’accusation, reprochant aux Insoumis leur « sectarisme » et leur « aigreur » supposée suite aux résultats électoraux face à Jordan Bardella. Il a notamment pointé du doigt le refus systématique de la gauche de voter des textes proposés par le RN, comme celui sur la gratuité des parkings d’hôpitaux, qualifiant leur attitude de « médiocrité ». Pour lui, le RN est le seul camp à agir en « député patriote », promettant de laisser passer le texte malgré les désaccords, tout en se posant en victime d’une gauche qui « pourrit » les débats.
L’accusation de « mépris colonial »

Mais le point de rupture a sans doute été atteint lors de l’intervention de Jean-Philippe Nilor. Le député d’Outre-mer a mis en lumière une dimension plus insidieuse de l’affrontement. Il a dénoncé la nature de certains amendements du RN, présentés comme « rédactionnels », qui visaient à corriger la syntaxe ou le vocabulaire du texte initial.
Pour Nilor, cette démarche est bien plus qu’une correction grammaticale : c’est une insulte. « Vous nous dites que vous corrigez notre manière de rédiger la langue française… c’est-à-dire que nous, élus d’Outre-mer, ne sommes pas à la hauteur », a-t-il fustigé. Il y voit la marque d’un « esprit de supériorité », une forme de néocolonialisme intellectuel où le RN s’érigerait en gardien de la langue face à des députés jugés incapables. Cette accusation de racisme voilé a jeté un froid glacial, soulignant le fossé culturel et politique béant qui sépare les deux camps.
Un hémicycle fracturé, des Ultramarins oubliés ?
Au milieu de ce chaos, les députés macronistes ont brillé… par leur absence, qualifiés de « députés fantômes » par le RN, tandis que la ministre présente a été taxée de « mépris » pour son silence sur les amendements. L’UDR, par la voix de ses représentants, a finalement annoncé son abstention, déplorant ne pas pouvoir soutenir un texte qu’ils jugent imparfait à cause de « l’obstruction de l’extrême gauche ».
Le spectacle offert ce jeudi est symptomatique d’une Assemblée plus polarisée que jamais, où chaque virgule devient prétexte à un affrontement idéologique total. Si le texte a finalement une chance d’exister, c’est au prix d’une violence symbolique inouïe. Les invectives ont volé la vedette au fond du dossier, laissant aux citoyens, et en particulier aux Ultramarins, un goût amer : celui d’avoir été les spectateurs, voire les prétextes, d’une pièce de théâtre politique où l’ego des acteurs compte plus que l’intérêt général.
Alors que les accusations de « haine » et d’« absence d’éducation » résonnent encore, une question demeure : jusqu’où ira l’escalade verbale dans cet hémicycle au bord de l’implosion ?


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