Le Face-à-Face Explosif entre Jordan Bardella et Charles Consigny sur RMC

C’est une séquence de télévision comme on en voit rarement, un moment suspendu où la courtoisie républicaine cède brutalement la place à l’invective personnelle et au règlement de comptes. Sur le plateau de RMC, l’atmosphère est devenue irrespirable ce mercredi, transformant une interview politique en un véritable ring de boxe verbal. Les protagonistes ? Jordan Bardella, président du Rassemblement National et figure de proue de la nouvelle vague politique, face à Charles Consigny, avocat, écrivain et polémiste au verbe haut. Ce qui devait être un débat d’idées a viré à l’affrontement total, cristallisant deux visions irréconciliables de la légitimité politique en France.
L’Attaque Frontale : La Théorie de « L’Instagrammeur »
Dès les premières secondes, le ton est donné. Charles Consigny, fidèle à sa réputation de sniper des plateaux, n’a pas pris de gants pour exprimer le fond de sa pensée à son interlocuteur. Loin des critiques habituelles sur le programme ou l’idéologie du RN, l’avocat a choisi un angle d’attaque bien plus personnel et, disons-le, méprisant : celui de la vacuité.
Pour Consigny, Jordan Bardella n’est pas un homme d’État en devenir, mais le symptôme d’une déliquescence de la classe politique. Avec une nostalgie non dissimulée pour l’ère Giscard d’Estaing, où les « ingénieurs » et les profils « ultra-capés » tenaient les rênes du pays, le chroniqueur a dressé une hiérarchie cruelle de l’évolution du pouvoir. Après les ingénieurs, nous avons eu les avocats – une caste dont il admet lui-même les limites – mais aujourd’hui, selon lui, nous avons touché le fond.
« Je crains qu’on soit passé à l’ère des instagrameurs », a-t-il lancé, le regard planté dans celui de Jordan Bardella. La comparaison qui a suivi restera sans doute dans les annales de la petite phrase assassine : « Vous êtes à la politique ce que Léna Situations est à la mode ». En assimilant le président du RN (et Gabriel Attal au passage) à des influenceurs maîtrisant parfaitement les codes de l’image mais dénués de substance, Consigny a tenté de délégitimer toute une génération de dirigeants. Pour lui, le talent oratoire indéniable de Bardella ne masque pas une absence criante de parcours professionnel et de confrontation au réel.

La Riposte : La Légitimité des Urnes contre celle des Diplômes
Face à cette charge violente remettant en cause son droit même à gouverner, Jordan Bardella n’a pas bronché. Ou du moins, il a choisi de ne pas s’excuser. Au contraire, il a dégainé son arme favorite : le verdict populaire. Pendant que Consigny déroulait son argumentation sur la nécessité d’avoir « galéré » comme un petit patron pour comprendre la France, Bardella consultait ostensiblement son smartphone.
Non pas pour vérifier ses notifications Instagram, comme aurait pu le suggérer son adversaire, mais pour exhumer les chiffres. Avec un flegme redoutable, il a renvoyé l’avocat à ses propres échecs électoraux. « J’étais en train de regarder le score que vous avez fait la dernière fois… 12%, vous avez fini 4ème », a-t-il lâché avec un sourire en coin.
La stratégie de défense de Bardella est claire : opposer la légitimité démocratique (ses 32% aux Européennes, les 11 millions de voix du RN) à la légitimité élitiste revendiquée par Consigny. Là où l’avocat brandit son expérience de la gestion d’un cabinet et ses difficultés de « petit patron », le politique brandit la confiance du peuple. C’est le choc classique entre la technocratie (ou ici, la méritocratie professionnelle) et le populisme au sens strict du terme. Pour Bardella, peu importe les diplômes inachevés ou l’absence de carrière dans le privé ; seule compte l’onction du suffrage universel.
Coups Bas et Règlements de Comptes en Coulisses

Mais le débat a véritablement quitté la sphère politique pour glisser vers le personnel lorsque les deux hommes ont commencé à s’envoyer des piques sur leur passé commun. L’argument de l’incompétence technique (« Vous n’avez aucune expérience d’aucune réalité concrète ») a piqué Bardella au vif, l’amenant à contre-attaquer sur un terrain inattendu : l’hypocrisie supposée de son interlocuteur.
« Je me souviens que pendant les législatives… vous me couriez derrière dans les loges pour m’implorer de faire des photos avec votre équipe ! » a affirmé Jordan Bardella, tentant de dépeindre un Charles Consigny opportuniste, fasciné par la célébrité qu’il feint aujourd’hui de mépriser. Une accusation immédiatement et vigoureusement démentie par l’intéressé : « Inexact ! C’est vous qui draguiez tout l’étage ! »
Ce ping-pong verbal, digne d’une cour de récréation, révèle pourtant une tension profonde. Il illustre le mépris réciproque entre deux mondes. D’un côté, une élite intellectuelle et parisienne (incarnée ici par Consigny) qui regarde avec dédain l’ascension de profils jugés non qualifiés. De l’autre, une nouvelle classe politique qui considère les commentateurs et les experts comme des “observateurs de plateau télé” déconnectés, dont l’avis pèse bien moins lourd qu’un bulletin de vote.
Au-delà du Clash : Une Question de Fond
Si la forme fut violente et divertissante pour les amateurs de joutes oratoires, ce clash soulève une question de fond pertinente sur l’évolution de notre démocratie. Charles Consigny, malgré la brutalité de son propos, pointe du doigt une réalité : la professionnalisation de la politique dès le plus jeune âge, transformant l’art de gouverner en art de communiquer. La référence à Netflix et à Instagram n’est pas anodine ; elle souligne la “spectacularisation” de la vie publique où l’apparence de la compétence peut parfois suffire à conquérir le pouvoir.
Cependant, la réponse de Bardella est tout aussi puissante : dans une démocratie, qui décide de la compétence ? Est-ce le diplôme, le métier, ou le citoyen ? En rappelant ses scores électoraux massifs, il rappelle que la légitimité ultime ne s’acquiert pas dans les grandes écoles ou les cabinets d’avocats, mais dans les urnes.
Ce duel Bardella-Consigny restera comme un instantané féroce de la fracture française actuelle. Une fracture non seulement idéologique, mais sociologique et culturelle, où deux France se regardent en chiens de faïence, chacune persuadée d’être la seule légitime. Et vous, de quel côté penchez-vous ? Préférez-vous l’expérience du réel vantée par l’avocat ou la légitimité populaire revendiquée par le politique ? Une chose est sûre : le fossé ne semble pas près de se combler.

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