Le racisme s’invite à la finale de la Star Academy

C’était censé être une fête de la musique, le couronnement de quinze semaines d’efforts et de talent. Mais la finale de la Star Academy s’est transformée, une fois de plus, en arène politique et raciale. La victoire de Marine face à Ebony a déclenché une vague de réactions qui en dit long sur l’état de notre société. Entre silence sélectif des associations antiracistes et sorties polémiques de personnalités publiques, retour sur une séquence où la passion artistique a cédé la place à l’obsession identitaire.
Une finale sous haute tension raciale
L’histoire aurait dû être simple : deux jeunes femmes talentueuses, Marine et Ebony, s’affrontent en finale d’un télé-crochet populaire. L’une vient d’Arras, l’autre a des origines antillaises. Au terme de la soirée, le public tranche et élit Marine. Fin de l’histoire ? Pas dans la France de 2025.
Comme le souligne Charlotte d’Ornellas, le racisme s’est invité dans la partie bien avant le verdict final. Quelques semaines plus tôt, la production et des associations comme SOS Racisme avaient réagi avec vigueur – et à raison – contre des propos haineux visant des candidats noirs. La justice avait été saisie, le message était clair : tolérance zéro.
Mais samedi soir, alors que Marine soulevait le trophée, les réseaux sociaux se sont embrasés d’une autre forme de haine, tout aussi violente : un racisme anti-blanc décomplexé, contestant la victoire de la jeune Nordiste sur la seule base de sa couleur de peau. Face à ce déferlement, le silence des associations, si promptes à réagir d’ordinaire, est assourdissant. Ce « deux poids, deux mesures » institutionnel crée un malaise palpable : y aurait-il un racisme odieux et un autre toléré, voire invisible aux yeux des gardiens de la morale ?
La sortie choc de Firmine Richard
Mais le plus inquiétant ne vient pas de l’anonymat des réseaux sociaux. Il vient de personnalités publiques, de figures respectées qui, par leurs mots, valident cette lecture racialiste du monde. L’actrice Firmine Richard, figure du cinéma français et ancienne élue, a jeté un pavé dans la mare en déclarant, au lendemain de la défaite d’Ebony : « Les Français ne savent pas reconnaître les leurs ».
Cette phrase est d’une gravité exceptionnelle. Elle sous-entend, de manière insidieuse, que Marine, pourtant née en France, élevée en France, ne ferait pas partie des « nôtres ». En opposant implicitement « les siens » (sous-entendu par la couleur de peau ou l’origine géographique ultramarine) au reste de la communauté nationale, Firmine Richard fracture ce qu’elle prétend défendre.
Comme le rappelle Charlotte d’Ornellas, « le fait que la présence d’une antillaise ne fait pas instantanément de Marine une sous-française ». Samedi soir, il y avait deux Françaises en finale. Le public a choisi l’une d’elles. Point. En transformant ce choix artistique en affrontement ethnique, on nie le talent de la gagnante et on insulte la liberté de choix des téléspectateurs, réduits à de supposés réflexes racistes.
L’injustice faite au talent et au public
Cette polémique est une double injustice. D’abord pour Marine, dont la victoire se trouve entachée par des suspicions illégitimes. « On a l’impression que c’est un hasard, qu’on a mis quelqu’un juste pour faire perdre Ebony », analyse la journaliste. C’est oublier les quinze semaines de travail, les progrès, l’attachement créé avec le public. Marine n’a pas volé sa place, elle a conquis le cœur d’une majorité de votants, sans doute touchés par sa personnalité autant que par sa voix.
Ensuite pour le public français. Les accuser de ne pas savoir « reconnaître les leurs » parce qu’ils n’ont pas voté pour la candidate noire relève d’une culpabilisation insupportable. Faut-il désormais instaurer des quotas raciaux dans les votes des téléspectateurs ? Si une candidate noire est en finale, est-il interdit aux autres de gagner sous peine d’être taxé de racisme ? Ce raisonnement est non seulement absurde, mais il est le carburant même du ressentiment qu’il prétend combattre.
Une responsabilité lourde


Il est ironique, et tragique, de noter que Firmine Richard, dont la carrière a été honorée par la République et qui a siégé au Conseil de Paris, se fasse le porte-voix d’une telle division. Charlotte d’Ornellas rappelle, avec précaution mais fermeté, que l’actrice connaît pourtant les ravages que peuvent causer les différents nés sur les réseaux sociaux et la violence, son propre fils purgeant une lourde peine pour meurtre.
Une personnalité publique a une responsabilité supérieure à celle d’un internaute lambda. En ethnicisant un concours de chant, en suggérant que la France du Nord (celle de Marine) est moins légitime ou moins « sienne » que celle des Antilles, elle nourrit une bête féroce. Elle valide l’idée que nous ne sommes pas un peuple uni par une culture et une nationalité, mais un archipel de communautés rivales qui se comptent et s’affrontent.
Au final, cette triste polémique révèle une incapacité grandissante à accepter le résultat d’un vote démocratique – fut-il pour une émission de télévision – dès lors qu’il ne correspond pas à la grille de lecture identitaire de certains. Marine a gagné, Ebony a perdu. C’est la loi du jeu. Vouloir y voir autre chose qu’une préférence artistique à un instant T, c’est projeter ses propres obsessions raciales sur un pays qui, ce soir-là, voulait juste écouter de la musique.