Narcotrafic : «Notre pays ressemble de plus en plus à des favelas», tacle Jordan Bardella
«Notre pays ressemble de plus en plus à des favelas», a déclaré Jordan Bardella, ce dimanche sur CNEWS, réagissant au sondage CSA, publié ce dimanche, pour CNEWS qui révèle que 72% des Français estiment que le pays est en voie de «mexicanisation».
C’est une image forte, brutale, conçue pour marquer les esprits et illustrer une dégradation que beaucoup de Français ressentent confusément au quotidien. « Notre pays ressemble de plus en plus à des favelas ». Par ces mots, prononcés avec la gravité qui sied aux constats d’échec, Jordan Bardella, président du Rassemblement National, ne se contente pas de critiquer une politique sécuritaire : il dresse le portrait d’une nation en voie de dislocation, rongée de l’intérieur par la gangrène du narcotrafic.
Cette déclaration intervient dans un contexte particulièrement sombre. Marseille, Grenoble, Nîmes, Dijon… La liste des villes françaises théâtres de règlements de comptes sanglants s’allonge semaine après semaine. Ce ne sont plus de simples faits divers relégués aux pages locales, mais des scènes de guerre urbaine où la kalachnikov a remplacé le poing, et où les victimes collatérales, parfois des enfants, tombent sous les balles perdues. C’est sur ce terreau de violence et de peur que Jordan Bardella appuie pour dénoncer ce qu’il considère comme une faillite totale de l’État.
La métaphore de la « Favela » : Au-delà des mots
Pourquoi utiliser le terme de « favelas » ? Le choix sémantique n’est pas anodin. Dans l’imaginaire collectif, la favela brésilienne évoque non seulement la pauvreté, mais surtout l’absence de l’État, le règne des cartels, les enfants soldats guetteurs, et une topographie urbaine devenue impénétrable pour les forces de l’ordre classiques.
En appliquant ce terme à la France, Jordan Bardella veut signifier que la souveraineté nationale a reculé. Il décrit des territoires perdus, des enclaves où la loi française ne s’applique plus, remplacée par la loi du plus fort, celle des dealers. Pour le leader du RN, cette « favelisation » de la France est la conséquence directe d’années de laxisme et de déni. Il pointe du doigt l’incapacité des gouvernements successifs à endiguer les flux de drogue et à neutraliser les réseaux criminels qui, désormais, disposent d’une puissance financière capable de rivaliser avec l’État et, pire encore, de le corrompre.
Cette comparaison fait écho au terme de « mexicanisation » récemment employé par certains magistrats et policiers pour décrire l’ultra-violence des méthodes utilisées : tortures, kidnappings, exécutions publiques filmées. Bardella s’empare de cette réalité terrifiante pour en faire une arme politique massive contre le pouvoir en place.
Un réquisitoire contre l’impuissance publique
Pour Jordan Bardella, le constat est sans appel : l’État n’assure plus sa mission première, celle de protéger ses citoyens. « Quand on a peur de laisser ses enfants sortir jouer en bas de l’immeuble parce qu’une balle peut traverser la fenêtre, on n’est plus dans un État de droit apaisé », martèle-t-il en substance.
Il dénonce une justice qu’il juge trop clémente, des peines qui ne sont pas appliquées, et des forces de l’ordre, selon lui, abandonnées par leur hiérarchie et désarmées moralement face à des délinquants qui n’ont plus aucune limite. Le narcotrafic n’est pas vu par le RN comme un simple problème de santé publique ou de délinquance, mais comme une menace existentielle pour la cohésion nationale.
L’analyse de Bardella va plus loin : il lie intrinsèquement cette explosion du trafic à la question migratoire, un pilier de la doctrine de son parti. Il affirme que ces réseaux prospèrent sur le désordre migratoire et l’absence de contrôle aux frontières, créant une économie souterraine qui mine les fondements de la société française.
La réalité du terrain : Une violence qui déborde
Si la rhétorique est politique, elle s’appuie sur une réalité de terrain que nul ne peut contester. Les policiers de terrain, les maires de villes moyennes et les habitants des quartiers populaires sont les premiers témoins de cette montée en puissance. Le trafic de drogue ne se cache plus. Les points de deal sont devenus des forteresses, les guetteurs (les “choufs”) quadrillent les quartiers, et les représailles sont immédiates pour quiconque ose parler.
L’utilisation d’armes de guerre s’est banalisée. On ne tire plus pour blesser ou intimider, on tire pour tuer, pour nettoyer un territoire, pour envoyer un message à la concurrence. Cette violence, qui était autrefois cantonnée au milieu du grand banditisme, déborde désormais dans l’espace public, touchant des innocents, des passants, des familles. C’est cette insécurité aléatoire, cette sensation que le danger peut surgir n’importe où, qui nourrit l’inquiétude des Français et donne du poids aux arguments de Jordan Bardella
Quelle réponse face au chaos ?
Face à ce constat de « favelisation », la question de la réponse se pose avec acuité. Le gouvernement actuel multiplie les opérations « Place Nette », ces descentes de police massives et médiatisées destinées à pilonner les points de deal. Mais pour Jordan Bardella, ce ne sont que des coups de communication, des « opérations de com’ » qui ne traitent pas le mal à la racine.
Le président du RN plaide pour un changement de paradigme total. Il réclame une réponse pénale impitoyable : peines planchers, expulsion systématique des délinquants étrangers, rétablissement de la double peine, et une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. Il évoque une véritable « guerre » à mener contre les narcotrafiquants, suggérant que les moyens exceptionnels doivent être déployés pour reconquérir les territoires perdus.
Certains experts s’interrogent cependant sur l’efficacité de la seule répression, rappelant que la lutte contre le narcotrafic nécessite aussi de s’attaquer aux circuits financiers, au blanchiment d’argent, et à la demande des consommateurs. Mais dans le débat public, l’appel à l’ordre et à l’autorité résonne fortement auprès d’une population exaspérée par l’impunité apparente des trafiquants.
Un enjeu majeur pour 2027
En utilisant l’image choc des favelas, Jordan Bardella place la sécurité au cœur de l’agenda politique. Il prépare le terrain pour les prochaines échéances électorales, pariant sur le fait que la demande de protection sera le moteur du vote des Français.
Il cherche à incarner l’alternative autoritaire face à un pouvoir qu’il décrit comme dépassé et naïf. Si le gouvernement ne parvient pas à inverser la courbe de la violence et à rassurer les citoyens, le discours du Rassemblement National, promettant de nettoyer les « favelas » françaises et de rétablir l’ordre républicain, risque de convaincre bien au-delà de sa base électorale traditionnelle.
Le narcotrafic est devenu un défi de souveraineté. Et dans cette bataille de l’opinion, Jordan Bardella a choisi son camp : celui du choc des mots pour dénoncer le choc des armes. Reste à savoir si la France est prête à entendre ce diagnostic brutal et les remèdes radicaux qui l’accompagnent.

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