Retrouvée morte sur sa terrasse, qui en voulait à Miquette ?
C’est une histoire qui hante encore les mémoires dans le paisible département de la Dordogne. L’histoire d’une femme simple et généreuse, massacrée chez elle, et d’une machine judiciaire qui, pressée de trouver un coupable, a failli briser la vie d’un innocent. Plus de vingt ans après les faits, l’affaire Michel Gilet, dite “Micket”, reste une plaie ouverte, un “cold case” français où se mêlent tragédie humaine, fiasco policier et combat pour la vérité.
La découverte de l’horreur
Tout commence le 1er septembre 1998, dans le petit village de Lisle. Comme à son habitude, Jean-Paul Waterlos, le voisin, apporte le pain à Michel Gilet, 46 ans. Mais ce matin-là, le silence est anormal. En contournant la maison, il découvre l’impensable : le corps sans vie de sa voisine gît sur la terrasse.
La scène de crime est d’une violence inouïe. Micket a été sauvagement frappée à la tête, étranglée, et son visage a été plongé dans un seau d’eau. La victime est partiellement dénudée, suggérant un mobile sexuel. Pour les gendarmes arrivés sur place, c’est le début d’une enquête qui va rapidement piétiner, avant de s’emballer dangereusement.
Micket était une figure du village. Handicapée suite à une méningite, elle vivait seule, entourée de ses animaux, et était décrite par tous comme une femme sans ennemis, “pétillante” et tournée vers les autres. Qui pouvait lui en vouloir à ce point ?
La valse des suspects
Les enquêteurs explorent d’abord l’entourage proche. Le voisin qui a découvert le corps avoue être l’amant de la victime. Un mobile passionnel ? Il est rapidement mis hors de cause grâce à un alibi solide. Vient ensuite l’ex-mari, Jacques Simon, avec qui Micket entretenait des relations conflictuelles autour de la maison familiale. Mais là encore, la technologie le disculpe : le mouchard de son camion prouve qu’il était en tournée de livraison au moment supposé du crime.
C’est alors que l’attention se porte sur un troisième homme : Pascal Labarre. Cet homme maladroit, qui vit à 8 kilomètres, a menti lors de sa première audition en prétendant ne pas connaître la victime. Placé en garde à vue, il finit par craquer après des heures d’interrogatoire. Il avoue tout : une relation secrète, une dispute qui dégénère, des coups portés avec un pied de parasol, et une strangulation avec un lacet. Pour les gendarmes, l’affaire est résolue. Labarre est écroué.
Un dossier vide et des preuves qui ne collent pas
Cependant, à peine cinq jours plus tard, Pascal Labarre se rétracte. Il clame qu’il a avoué sous la pression, pour que “ça s’arrête”. Malgré cela, la machine est lancée. En novembre 2002, il est condamné à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de la Dordogne. Un verdict qui ne soulage personne, pas même le fils de la victime, tant les zones d’ombre sont nombreuses.
C’est là qu’intervient Roland Agret, figure emblématique de la lutte contre les erreurs judiciaires. Appelé à la rescousse par la famille de l’accusé, il décortique le dossier et met au jour des incohérences hallucinantes.
L’arme du crime ? Pascal Labarre a parlé d’un pied de parasol de 2 cm de diamètre. Or, les plaies sur le crâne de Micket correspondent à un objet de 1,3 cm. De plus, aucune trace de peinture du parasol n’a été retrouvée dans les blessures. L’heure de la mort ? Une erreur monumentale a été commise sur la scène de crime. Pour “protéger” le corps, un gendarme l’a recouvert d’une bâche en plastique. Effet de serre garanti : cela a accéléré le développement des larves d’insectes, faussant totalement l’estimation des légistes. Micket n’est peut-être pas morte le dimanche soir, comme le prétendait l’accusation, mais peut-être le mardi matin même, quelques heures avant la découverte du corps. L’ADN ? Aucune trace génétique de Pascal Labarre n’a été retrouvée sur la scène de crime, pourtant maculée de sang.
L’acquittement et le mystère éternel

Le procès en appel à Bordeaux, en juin 2003, est un véritable coup de théâtre. Face à la démonstration implacable de la défense et aux doutes semés par la contre-enquête, l’accusation s’effondre. Un témoin clé, le neveu de l’accusé, vient confirmer un alibi ignoré lors du premier procès : Pascal jouait aux jeux vidéo avec lui au moment critique.
Le verdict tombe : acquittement. Pascal Labarre sort libre après plus de quatre ans de prison pour rien. Si c’est une victoire pour la justice, c’est une nouvelle épreuve pour la famille de Michel Gilet.
Car cette libération pose une question terrifiante : si ce n’est pas lui, qui est-ce ? Le véritable meurtrier a échappé aux mailles du filet. A-t-il refait sa vie ? Est-il toujours dans la région ?
Aujourd’hui, le dossier Micket laisse un goût amer. Celui d’une enquête gâchée par des certitudes trop hâtives, d’une scène de crime mal gérée (avec cette fameuse bâche et la perte inexplicable du lacet ayant servi à la strangulation), et d’une vérité qui semble s’être envolée à jamais. Il reste la douleur d’une famille qui, 25 ans après, ne peut toujours pas expliquer à ses enfants pourquoi leur grand-mère a été tuée. Une injustice double : celle d’un homme emprisonné à tort, et celle d’une victime dont l’assassin court toujours.

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