L’hiver frappa la violence inhabituelle. Les bergers du cosméan racontait que jamais, de mémoire d’homme, le gel n’avait mordu aussi profondément la terre. Les sources gelèrent jusqu’en Mars. Les loups descendirent des montagnes en meutes affamées, s’approchant dangereusement des villages.
Pierre Valentin possédait l’un des troupeaux les plus importants de la région, près de 300 bêtes qui pissaient sur les hauts plateaux calcaire. À cinquante ans, il connaissait son métier mieux que quiconque. Son grand-père lui avait transmis les secrets de l’élevage, ses savoirs ancestraux que les montagnards se légaaient depuis des siècles.
Cet hiver là, la moitié de ses moutons périrent. Le froid tua les agneaux nouveaux nés en quelques heures. Les brebis pleines avortaient dans la bergerie leur corps épuisé incapable de résister aux températures glaciales qui s’infiltraient malgré les murs épais de pierre.

Au printemps, quand la neige fondit enfin, Valentine compta ses pertes trois bêtes mortes, une catastrophe financière qui menaçait de ruiner sa famille. Sa femme Louise suggéra de vendre la ferme et de partir rejoindre leur fils à Lyon, mais le berger refusa. Cette terre appartenait au Valentin depuis quatre générations. C’est alors qu’un étranger arriva au village de Fressinet de Fourc, un homme grand et maigre, vêtu d’un costume sombre malgré l’aboue des chemins.
Il se présenta comme docteur en sciences naturelles spécialisé dans l’amélioration des races animales. Il venait de Suisse, disait-il, où ces méthodes avaient permis d’augmenter considérablement la production laitière des vaches. L’homme se nommait Adalbert Kessler. Il parlait français avec un accent prononcé, mais ses yeux clairs brillaient d’une intelligence aigue. Il proposa aux éleveurs de la région une solution à leurs problèmes, un traitement révolutionnaire qui rendrait leur brebis plus résistantes, plus féconde, plus productive. Les paysans se méfiaent.
Ils avaient toujours élevé leurs bêtes selon les méthodes traditionnelles, mais les pertes de l’hiver pesaient lourds. Plusieurs familles envisageaient l’exil vers les villes. La misère gagnait du terrain dans ses montagnes isolées. Kessler organisa une réunion dans l’auberge du village.
Il expliqua que la science moderne permettait désormais de transformer l’élevage. En Allemagne, en Suisse, en Autriche, des chercheurs développaient des substances capables de modifier la nature même des animaux. Il ne s’agissait pas de magie mais de progrès de modernité.
Le traitement consistait en une série d’injections à administré aux brebis pleines durant les premières semaines de gestation. Un liquide vert d’âtre contenu dans des fioles de verre soigneusement scellé. Kessler garantissait des résultats spectaculaires. Des agneaux plus robustes, une croissance plus rapide, une laine de meilleure qualité. Le prix demandé semblait modeste.
Trois francs par brebis traité, payables après la naissance des agneaux si les résultats s’avéraient satisfaisant. Cette générosité apparente convainquit plusieurs éleveurs d’accepter. Valentine hésita longtemps. Sa femme le suppliait de refuser, affirmant que rien de bon ne pouvait sortir de ses expériences contre nature.
Mais le berger calculait qu’avec seulement 150 brebis survivantes, il ne pourrait jamais reconstituer son troupeau selon les méthodes naturelles. La faillite approchait. Il accepta finalement. Kessler vint à la ferme un matin de mai, portant une sacoche de cuir noir contenant les précieuses fioles. Il examina chaque brebie avec attention.
notant des observations dans un carnet au page jaunis. Puis il procéda aux injections, enfonçant l’aiguille dans le flanc des animaux avec une précision chirurgicale. Les brebis bellèrent de douleur, mais Kessler affirma que cette réaction était normale. Le liquide devait se diffuser dans l’organisme, modifier les processus biologiques profonds.
Il laissa des instructions précises, isoler les bêtes traitées, les nourrir abondamment, surveiller tout changement de comportement. Pendant deux mois, rien ne se produisit. Les brebis grossissaient normalement. Leur gestation suivait son cours habituel. Valentine commença à se détendre. Peu. Être ce traitement fonctionnait-il réellement.
D’autres éleveurs de la région avaient également accepté l’offre de Kessler et tous rapportaient des évolutions similaires. Juillet apporta une chaleur écrasante sur l’écosse. Les troupeaux cherchaient l’ombre des rares arbres, allit sous le soleil implacable. C’est durant cette période que les premières anomalies apparurent. Une des brebis de Valentin commença à se comporter étrangement.
Elle refusait de pêtre avec les autres, restant à l’écart du troupeau. Quand le berger s’approchait, elle le fixait d’un regard inhabituel. Pas la stupidité coutumière des moutons, mais quelque chose de différent, presque conscient. D’autres bêtes développèrent des comportements similaires. Elles cessèrent de répondre aux ordres des chiens de berger.
Certaines poussaient des bellements étranges, des sons qui ne ressemblaient pas aux crises habituelles du troupeau, des modulations complexes, presque comme des tentatives de parole. Louise Valentin fut la première à remarquer les changements physiques. En trayant une brebie pour nourrir un agneau orphelin, elle aperçut quelque chose sous la laine épaisse.
La peau semblait se modifier, développer des textures différentes. Elle appela son mari, lui montrant l’anomalie avec un doigt tremblant. Valentin écarta laine. Ce qu’il découvrit le glaça. La peau présentait des zones plus lisses, presque humaines au toucher. Des variations de pigmentation formaient des motifs étranges comme des ébauches de trait.
Le berger se précipita chez les autres éleveurs ayant accepté le traitement. Tous constataient les mêmes transformations. Les brebis devenaient de plus en plus étranges. Leur comportement s’éloignait de celui d’animaux normaux. Certaines refusaient désormais toute nourriture, restant immobile durant des heures, le regard perdu vers l’horizon.
Un éleveur nommé Augustin Fand décida d’abattre une de ses bêtes pour examiner ce qui se passait, ce qu’il trouva le horrifia. Les organes internes montraient des modifications profondes. Le cerveau avait doublé de volume. Sa structure ne ressemblait plus à celle d’un mouton. Le cœur battait selon un rythme irrégulier, presque humain. Les villageois se réunirent d’urgence.
Certains proposèrent d’abattre immédiatement tous les animaux traités. D’autres souhaitaient attendre la naissance des agneaux pour constater l’ampleur réelle du problème. La peur commençait à s’installer dans cette communauté isolée. Kessler avait disparu. Personne ne l’avait revu depuis les injections. L’aubergiste raconta qu’il était parti vers le sud prétendant de voir traiter d’autres troupeaux.
Aucune adresse, aucun moyen de le contacter. Les semaines suivantes virent l’aggravation des symptômes. Les brebis traité perdaient leurs laine par plaques entières, révélant une peau qui ressemblait de plus en plus à celle d’un être humain.
Leurs pattes se modifiaient, les sabots se ramollissaient, adoptant des formes troublantes. Le curé du village, le père Mathieu, vint bénir les troupeaux. Il priait pour que Dieu protège ses bêtes innocentes, des expériences impies menées par l’homme. Mais ces prières ne changeaient rien. La transformation continuait inexorable. Valentine ne dormait plus. Il passait ses nuits dans la bergerie, surveillant les brebis qui approchaient du terme de leur gestation.
Leur ventre avait gonflé démesurément. Bien au-delà des proportions normales, certaines peinettent à se déplacer, couché sur le flanc, altant péniblement. Louise suppliait son mari d’abattre les bêtes malades. Elle sentait qu’un malheur approchait, que ses naissances n’apporteraient rien de bon. Mais Valentin refusait.
Il avait investi toutes ses économies dans ce troupeau. Sans ses agneaux, la famille perdrait tout. Le 15 août 1891, par une nuit sans lune, les premières mises bas commencèrent. Une chaleur moite écrasait la souffle de vent ne troublait l’air épais. Les étoiles brillaient faiblement dans un ciel chargé d’humidité.
Valentin entendit les premiers cris vers minuit. Pas d’ébellement de brebis en travail, mais des sons différents, presque des pleurs de nouveaux né humain. Il se précipita dans la bergerie, sa lanterne à la main, le cœur battant. La première brebie gisait sur le flanc, convulsée par les contractions. Du sang et des fluides s’écoulaient de son corps.
Valentin s’agenouilla pour l’aider comme il l’avait fait des centaines de fois. Mais quand l’agneau apparut, le berger recula en hurlant. La créature qui glissa sur la paille ensanglantée n’était pas un agneau normal. Son corps gardait la forme générale d’un mouton couvert d’une laine blanche et humide.
Mais sa tête sa tête portait des traits humains à peine ébauchés, des yeux positionnés frontalement comme ceux d’un homme, un nez minuscule mais reconnaissable, une bouche qui s’ouvrit pour pousser un cristant, révélant une langue rose et des genenscives sans dents. Valentine vomit. Ses mains tremblaient si fort qu’il laissa tomber la lanterne. La paille s’enflamma brièvement avant qu’il ne parvienne à étouffer les flammes.

La brebie mourut quelques minutes après, épuisée par l’effort monstrueux de cette naissance contre nature. Mais la créature vivait. Elle tentait de se lever sur ses pattes tremblantes, produisant ses sons qui ressemblaient trop à des pleurs humains. Ses yeux, humides et brillants cherchaient quelque chose dans l’obscurité, un instinct de survie primitif, désespéré. D’autres naissances suivirent cette nuit-là.
Dans toute la région, chez tous les éleveurs ayant accepté le traitement de Kessler, les brebis mettait bas des créatures similaires. Certaines naissaient mortes, déformées au point que même leur mère ne pouvait survivre à l’accouchement. D’autres venaient au monde vivante, hurlant dans la nuit avec des voix qui glaçaient le sang.
Augustin Ferrand courut chez Valentine à l’aube, le visage vide. Dans sa bergerie, sep créatures étaient nées, toutes vivantes, toutes portant ses traits humains terrifiants sur des corps de mouton. Elle rampait sur la paille, incapable de se tenir debout, poussant des cris incessants, les villageois se rassemblèrent. La panique s’empara de la communauté.
Certains parlaient de malédiction divine, de punition pour avoir voulu défier l’ordre naturel des choses. D’autres accusaient Kessler d’être un agent du diable venu corrompre leur terre. Le père Mathieu tenta de calmer les esprits mais lui-même était bouleversé. Quand on l’amena à voir les créatures, il recula en se signant compulsivement.
Il marmona des prières en latin refusant de s’approcher davantage. Ces choses ne pouvaient exister. Elles défiaent toute loi de la création. Les naissances continuèrent durant 3 jours. Au total, 203 créatures virent le jour dans les fermes de la région. Certaines mouraient dans les heures suivant leur naissance. trop faible pour survivre.
Mais la majorité restait en vie, réclamant désespérément une nourriture que leur mère morte ne pouvait plus leur donner. Valentin comptait 28 de ces choses dans sa bergerie. Elle s’était regroupée dans un coin formant une masse grouillante de laine et de chair. Leur cri ne cessaiit jamais. Un concert de plainte qui raisonnait dans toute la ferme. Louise refusait de quitter la maison.
Elle avait vu l’une des créatures une seule fois et cela suffisait. Elle priait du matin au soir, récitant son rosaire jusqu’à ce que ses doigts saignent. Elle suppliait son mari de détruire ses abominations, de mettre fin à cette horreur. Mais Valentin hésitait.
Ces créatures, aussi monstrueuses soit-elles, possédaient quelque chose d’humain. Leurs yeux exprimaient une conscience, une souffrance qui ressemblait trop à celle d’un enfant. Comment pouvait-il les tuer de sang froid ? D’autres éleveurs ne partageaient pas ses scrupules. Ferand décida d’en finir.
Il attacha une pierre au cou de chacune de ces créatures et les jeta dans le puit le plus profond de sa propriété. Leurs cris s’éloignèrent progressivement jusqu’à s’éteindre dans les profondeurs obscures. Cette nuit-là, Ferrand ne trouva pas le sommeil. Il entendait encore ses plaintes, ses appels désespérés. Vers 3h du matin, il se leva, prit son fusil et se dirigea vers le puit.
Il jura qu’il entendait toujours les cris, remontant des profondeurs comme des fantômes. L’investigation. La nouvelle de ces naissances monstrueuses se répandit rapidement. Un journaliste du courrier de laer alerté par des rumeurs, entreprit le voyage jusqu’à fasciner de Fourx. Il s’appelait Étienne Laval, un homme de trente ans connu pour son sérieux et son scepticisme face aux superstitions rurales.
La Val arriva au village avec l’intention de dénoncer ce qu’il croyait être une invention de paysans ignorants. Mais quand Valentin lui montra les créatures dans sa bergerie, le journaliste comprit que la situation dépassait toute explication rationnelle. Il rédigea un article détaillé, décrivant minutieusement ce qu’il avait vu.
Les rédacteurs du journal hésitèrent à publier, craignant d’être accusé de sensationnalisme. Mais Laaval insista, fournissant des témoignages de plusieurs villageois, tous cohérents dans leur description. L’article parut le 23 août. Il provoqua un scandale immédiat. Les lecteurs accusèrent le journal de propager des mensonges pour vendre du papier, mais d’autres correspondances arrivèrent, de berger d’autres région signalant des phénomènes similaires après avoir rencontré un mystérieux docteur suisse.
Le préfet de laer alerté par le tumulte médiatique, dépêcha un vétérinaire officiel pour enquêter. L’homme, un certain Gaston Rousell, diplômé de l’école vétérinaire d’Alfor, arriva avec des préjugés scientifiques bien établis. Il était convaincu qu’une explication rationnelle existait. Rousell examina plusieurs créatures. Il effectua des mesures précises, nota chaque détail anatomique, préleva des échantillons de tissu.
Son rapport officiel conservé aux archives départementales constitue le document le plus troublant de cette affaire. Le vétérinaire confirma l’impossible. Ces créatures possédaient effectivement des caractéristiques à la fois ovines et humaines. Leur squelettes suivaient la structure d’un mouton. Mais leur crânne montrait des modifications profondes.
Le cerveau notamment présentait un développement anormal du cortex frontal, la zone associée à la conscience chez l’homme. Plus troublant encore, Roussell découvrit que certaines créatures développaient des capacités d’apprentissage rudimentaires. L’une d’elles répondait à son nom, tournant la tête quand on l’appelait.
Une autre semblait reconnaître les visages humains, fixant longuement les personnes qui s’approchaient. Le vétérinaire ne put déterminer la nature exacte du traitement administré par Kessler. Les fioles retrouvées dans les fermes ne contenaient plus qu’un résidu vert d’âtre impossible à analyser avec les moyens de l’époque.
Rousell émit l’hypothèse d’une substance agissant directement sur le développement embryonnaire, mais il admettait que la science de son temps ne pouvait expliquer de tels effets. Pendant ce temps, les créatures survivantes continuaient à grandir. Après deux semaines, elles avaient doublé de taille. Leurs laines poussaient normalement, mais leurs très humains se précisent.
Certaines développaient des expressions faciales reconnaissables. La peur, la faim, quelque chose qui ressemblait à de la tristesse. Valentine nourrissait celle qui restait dans sa bergerie au biberon comme des agneaux orphelins. Elles acceptaient le lait de chèvre, buvant avidement. Leurs yeux le suivaient dans tous ses déplacements.
Parfois, il avait l’impression qu’elle tentait de communiquer, produisant des sons qui variaient selon les situations. Louise finit par quitter la ferme. Elle ne supportait plus la présence de ses abominations. Elle partit chez sa sœur à Mend, refusant de revenir tant que les créatures seraient en vie.
Elle écrivit à son mari des lettres suppliantes, le conjurant de se débarrasser de ces monstres avant qu’il ne soit trop tard. septembre apporta les premiers froids d’automne. Les créatures avaient maintenant un mois et demi, celles qui avaient survécu, environ 120 sur les 203 initiales, montraient des développements alarmants.
Chez un éleveur nommé Lucien Pradel, trois créatures réussirent à ouvrir la porte de la bergerie. Elles avaient observé pendant des jours comment les humains manipulaient le loquet et elles imitèrent le geste. Pradel les retrouva errants dans sa cour, explorant leur environnement avec une curiosité évidente. Cette capacité d’apprentissage terrifia la communauté.
Ces choses n’étaient pas de simples animaux diffformes. Elle possédait une forme d’intelligence limitée certes, mais indénégiable. Elle comprenaient la relation de cause à effet, anticipait les actions humaines, adaptait leur comportement. Valentine remarqua que ces créatures avaient développé une hiérarchie sociale.
L’une d’elles, plus grande et plus robuste que les autres, semblait diriger le groupe. Les autres la suivaient, imitait ses actions, attendaient son signal avant de se nourrir. Plus inquiétant, elle commençait à produire des sons plus complexes. Pas encore des mots, mais des modulations vocales qui s’approchaient du langage humain.
Des grognements, des sifflements, des sortes de syllabes rudimentaires. Valentin jura avoir entendu l’une d’elles produire un son ressemblant à nom quand il tentait de l’isoler des autres. Le père Mathieu organisa une messe spéciale pour implorer la protection divine. L’église se remplit de villageois anxieux réclamant que quelque chose soit fait.
Le prêtre prêcha sur les dangers de vouloir usurper le rôle du créateur sur l’orgueil de la science moderne qui menait l’humanité à sa perte. Mais les autorités civiles tardaient à réagir. Le préfet attendait des instructions de Paris. Le rapport de Rousell avait été transmis au ministère de l’agriculture qui le transféra au ministère de l’intérieur qui le renvoya à l’Académie des Sciences. Les bureaucrates ne savaient comment gérer cette situation sans précédent.
Pendant ce temps, les créatures grandissaient. Certaines atteignaient maintenant la taille d’un mouton adulte. Leur force augmentaient proportionnellement. Un jour, l’une d’elles blessa légèrement Valentin en le repoussant alors qu’il tentait de l’examiner.
pas une attaque délibérée, plutôt une réaction de peur, mais cela montra qu’elle pouvait devenir dangereuse. Les villageois commencèrent à éviter les fermes où vivaient ces créatures. Des rumeurs circulaient sur leur nature démoniaque. Certains affirmaient les avoir vu se tenir debout sur leurs pattes arrières comme des hommes.
D’autres juraient qu’elles communiquaient entre elles la nuit, échangeant des informations dans leur langage gutural. Laval, le journaliste, publia plusieurs articles de suivi. Il relatait l’évolution de la situation, les nouveaux comportements observés, les questions éthiques soulevées. Ces écrits attirèrent l’attention d’intellectuels parisiens.
Des débats s’engagèrent dans les cafés de la capitale sur la nature de la conscience, les limites entre l’humain et l’animal, les dangers du progrès scientifique incontrôlé. Un professeur de zoologie de la Sorbonne, Henry Blanchard, exprima le souhait de venir étudier les créatures. Il écrivit au préfet, proposant de les transférer à Paris pour des analyses approfondies, mais les éleveurs refusèrent catégoriquement.
Il voulait que cette histoire reste confinée à la loin des regards indiscrets. En fouillant la chambre que Kessler avait loué à l’auberge, l’aubergiste découvrit un carnet oublié sous le matelas. Elle l’apporta immédiatement à Valentin qui le feuilleta avec des mains tremblantes. Les pages noircies d’une écriture serrée en allemand contenaient des notes détaillées sur les expériences de Kessler.
Valentin ne comprenait pas cette langue, mais l’Aval connaissait suffisamment d’allemands pour déchiffrer l’essentiel. Ce qu’il découvrirent, les glaças. Kessler n’était pas un simple vétérinaire cherchant à améliorer les races animales. Il menait des expériences sur l’hybridation interspécifique depuis plusieurs années. Son but ? créer des êtres possédant à la fois les caractéristiques utiles des animaux domestiques et certaines capacités humaines. Le carnet mentionnait d’autres tentatives dans d’autres régions d’Europe.
En Bavière, il avait traité des ports obtenant des créatures capables d’utiliser des outils simples. En Autriche, ces expériences sur des chevaux avaient produit des résultats tellement horrifiants que les autorités avaient ordonné l’abattage immédiat et la destruction de toute trace. Kessler croyait pouvoir révolutionner l’agriculture.
Il envisageait des troupeaux capables de se gérer eux-mêmes, comprenant les ordres humains, effectuant des tâches complexes. Une main d’œuvre animale dotée d’une intelligence rudimentaire mais suffisante pour remplacer les bergers. Ces notes révélaient aussi les dangers. Les créatures développaient souvent des comportements imprévisibles.
Certaines devenaient agressives, d’autres tombaient dans une sorte de mélancolie. Leur conscience embryonnèrent. semblait être une source de souffrance plutôt que d’amélioration. Le carnet contenait également des formules chimiques complexes, des schémas de molécules, des dosages précis.
Kessler avait synthétisé son traitement à partir de substances extraites de tissus humains et animaux combinés avec des produits chimiques dont l’Aval ne connaissait même pas les noms. Plus troublant, les dernières pages du journal montraient que Kessler savait ce qui allait se produire. Il avait anticipé les naissances monstrueuses, les avait même désiré.
Pour lui, ces créatures représentaient une étape vers quelque chose de plus grand, une fusion entre l’homme et l’animal qui ouvrirait des possibilités infinies. Les notes mentionnaient un laboratoire secret quelque part dans les Alpes Suisses où Kessler poursuivait ses recherches les plus audacieuses.
Il y conservait des spécimenses, documentait chaque évolution, construisait une base de données qui lui permettrait de perfectionner son procédé. Valentin réalisa avec horreur que les créatures dans sa bergerie n’étaient que des cobailles. Kessler les avait créés pour observer leur développement, collecter des informations avant de disparaître pour continuer ailleurs.
Le berger et les autres éleveurs n’étaient que des outils involontaires dans une expérience monstrueuse. Cette découverte changea tout. Il ne s’agissait plus d’un accident, d’une erreur médicale malheureuse. C’était une manipulation délibérée, une expérimentation sans scrupule mené au dépend de paysans crédules.
La colère remplaça la peur dans le cœur des villageois. Octobre apporta des pluies froides et persistantes. Les créatures atteignaient maintenant l’équivalent de 3 mois. Leur développement physique ralentissait mais leur évolution mentale s’accélérait. Chez Valentin, la créature dominante avait réussi à manipuler plusieurs objets.
Elle utilisait son museau pour pousser des sauts, ouvrir des portes, déplacer des obstacles. Les autres limitaient, développant une dextérité surprenante malgré l’absence de main. Un matin, Valentin découvrit que les créatures avaient réorganisé l’intérieur de la bergerie durant la nuit. Elles avaient déplacé la paille pour créer des zones distinctes.
Un espace pour dormir, un autre pour se nourrir, un troisième qui semblait servir de lieu de rassemblement. Cette capacité d’organisation sociale dépassait celle de n’importe quel animal domestique. Mais le comportement le plus troublant concernait leur attitude envers les humains. Les créatures différenciaient clairement les individus.
Els reconnaissaient Valentin, accepit sa présence. Mais quand des étrangers approchaient, elle se regroupaient, produisant des sons menaçants, formant une ligne défensive. Le 12 octobre, un incident grave se produisit.
Un groupe de jeunes villageois, rendus audacieux par l’alcool, décida de s’introduire la nuit dans la bergerie de Pradel pour tuer les créatures. Il considérait ses abominations comme une offense à Dieu et à la nature. Les créatures les attendaient. Comment elles avaient su que des intrus venaient, personne ne put l’expliquer. Peu être avaient-elles entendu les voix, sentit les odeurs.
Quand les jeunes hommes entrèrent, brandissant des fourches et des couteaux, elles attaquèrent. Ce ne fut pas une attaque animale désordonnée. Les créatures coordonnèrent leurs mouvements, encerclant les intrus, les séparant. Leur bellement stridant raisonnaient dans l’obscurité.
Elle frappait avec leurs têtes, mordaient avec leurs dents qui avaient poussé anormalement pointu, renversaient les hommes sur la paille humide. Les villageois s’enfuirent terrorisés. Deux d’entre eux portaient des morsures profondes. Un troisième avait le bras cassé, frappé par le crâne solide d’une créature particulièrement robuste.
Ils racontèrent que les yeux des monstres brillaient dans le noir, qu’il voyait de l’intelligence dans ses regards, une volonté de se défendre, presque de la rage. Cet incident marqua un tournant. Les créatures n’étaient plus de simples victimes passives d’une expérience ratée. Elles pouvaient se défendre, attaquer si nécessaire.
Elle possédait une conscience suffisante pour distinguer la menace et y répondre de façon organisée. Le maire convoqua une réunion d’urgence. La question n’était plus de savoir si ces créatures devaient être détruites, mais comment le faire en toute sécurité ? Certains proposaient de brûler les bergeries avec les créatures à l’intérieur.
D’autres suggéraient d’appeler la gendarmerie nationale, voir l’armée si nécessaire. Valentine prit la parole. Il expliqua que ces créatures, aussi monstrueuses soit-elles, n’étaient pas responsables de leur existence. Elle n’avait pas demander à naître ainsi. Les tués reviendraient à détruire des innocents, même si leur innocence portait un visage cauchemardesque. Ces paroles provoquèrent un débat houleux.
Certains villageois l’accusaient de sentimentalisme dangereux. Ces choses n’étaient ni humaines ni animales. Elles n’avaient aucune place dans l’ordre naturel. Leur simple existence constituait une abomination qui devait être effacée. D’autres, plus nombreux qu’on aurait pu le croire, partageaient les scrupule de Valentin.
Ils avaient vu leurs créatures grandir, les avaient nourris, avaient observé leur développement. Malgré l’horreur de leur apparence, il était difficile de ne pas reconnaître une forme de conscience dans leurs yeux, une vulnérabilité qui éveillait la compassion. Le quinze octobre, un détachement de gendarme arriva de Mende.
Leur commandant, le capitaine Armand Leclerc, avait reçu l’ordre d’évaluer la situation et de prendre les mesures nécessaires pour protéger la population. Lecler était un militaire pragmatique. Il examina plusieurs créatures, écouta les témoignages, luut le rapport de Rousell. Sa conclusion fut rapide. Ces choses représentaient un danger potentiel et devait être éliminé.
Mais il se heurta à un problème juridique. Aucune loi n’existait pour traiter une telle situation. Les créatures n’étaient pas des animaux sauvage dangereux au sens légal. Elles n’avaient attaqué que pour se défendre. Les abattre sans procédure appropriée pourraient exposer les autorités à des poursuites.
Le capitaine télégraphia à ses supérieurs demandant des instructions. La réponse se fit attendre. À Paris, l’affaire remontait les échelons administratifs provoquant des débats enflammés. Certains parlementaires souhaitaient que les créatures soient transférées dans un établissement scientifique pour étude. D’autres exigeaient leur destruction immédiate. Pendant cette période d’incertitude, les créatures continuaient d’évoluer.
Plusieurs éleveurs rapportaient qu’elles tentaient désormais d’imiter les sons humains. Pas des mots complets, mais des fragments, des syllabes qu’elle répétait en observant les conversations. Valentin entendit un jour l’une de ces créatures produire un son ressemblant à son nom.
Enin”, répéta-t-elle plusieurs fois, comme si elle testait cette capacité nouvelle. Le berger faillit s’évanouir. Cette chose, cette abomination née dans sa bergerie tentait de l’appeler. La nuit suivante, il restaillé, écoutant les bruits venant de la bergerie. Les créatures ne dormaient pas toutes en même temps. Il entendait leur déplacement, leur vocalisation murmurait.
À un moment, il perçut distinctement ce qui semblait être une conversation, un échange de son modulé entre plusieurs individus. Le 20 octobre, une délégation parisienne arriva au village. Elle comprenait deux professeurs de l’Académie des Sciences, un représentant du ministère de l’intérieur et un philosophe réputé spécialisé dans les questions éthiques. Ils passèrent trois jours à examiner les créatures, à interviewer les éleveurs, à analyser tous les aspects de cette affaire extraordinaire.
Leur discussions se prolongeait tard dans la nuit à l’auberge où il débattaient des implications philosophiques et scientifiques. Le philosophe, un certain Guillaume Renard, publia plus tard un essai sur cette expérience. Il y développait la thèse que la conscience n’était pas un attribut binaire, qu’il existait des degrés d’éveil mental.
Les créatures de l’oser occupaient un espace intermédiaire entre l’animal et l’homme, un état qui remettait en question toutes les certitudes sur la nature de l’esprit. Mais les considérations philosophiques importaient peu aux villageois. Ils voulaient une solution concrète. La présence de ces monstres dans leurs fermes devenait insupportable.
Plusieurs familles avaient déjà quitté la région, incapable de supporter plus longtemps cette situation. Le 23 octobre, la décision tomba. Le gouvernement ordonnait l’abattage de toutes les créatures dans des conditions les plus humaines possibles. Les éleveurs recevraient une compensation financière pour leur perte.
Les corps seraient incinérés sur place sans autopsie supplémentaire. L’affaire devait être close rapidement et discrètement. Le 26 octobre au matin, les gendarmes commencèrent l’exécution de l’ordre. Ils procédèrent ferme par ferme, abattant les créatures par bal dans la tête. La méthode était brutale mais efficace. Les premiers abattages se déroulèrent sans incident.
Les créatures, ne comprenant pas ce qui leur arrivait, restaient groupé dans leur bergeries. Les tirs raisonnaient dans les vallées, suivi du silence. Puis les gendarmes passaient à la ferme suivante. Mais chez Valentin, les choses prirent un tour différent. Quand les soldats entrèrent dans la bergerie, les créatures réagirent immédiatement.
Elles s’étaient dispersées, se cachant dans les recoins sombres derrière les ballots de paille. Leur comportement montraient qu’elles avaient compris le danger. La créature dominante se plaça devant les autres. Elle fixait les gendarme avec des yeux qui exprimaient clairement de la peur et du défi. Quand le premier soldat leva son fusil, elle produisit un son qui glaça tous les présents.
Un mot déformé mais reconnaissable. Non. Le gendarme hésita. Le capitaine Leclerc, présent pour superviser, ordonna de tirer. Mais plusieurs soldats refusèrent. Il ne pouvait abattre une créature qui implorait sa vie avec des mots aussi rudimentaires soit-il. Valentin intervint. Il supplia lecler de lui laisser une chance d’euthanasier ses créatures de façon plus douce.
Le capitaine, mal à l’aise devant la résistance de ses hommes, accepta à contre-cœur. Il donnait au berger jusqu’au lendemain soir. Cette nuit-là, Valentin resta dans la bergerie avec ses créatures. Il leur parla, sachant qu’elle comprenait au moins l’intention.
sinon les mots exacts, il leur expliqua qu’elle ne pouvait continuer à vivre, que le monde n’avait pas de place pour des êtres comme elle. Les créature l’écoutaient, leurs yeux fixes sur lui. Plusieurs produisirent des sons qui ressemblaient à des pleurs. La créature dominante s’approcha, appuya sa tête contre la jambe du berger dans un geste qui évoquait une recherche de réconfort. Valentine pleura.
Il pleura sur ses vies qu’il avait contribué à créer par sa cupidité et son désespoir. Il pleura sur l’innocence de ses êtres condamnés avant même leur naissance. Il pleura sur un monde qui ne laissait aucune place à ce qui sortaient d’énormes établis. Au matin, il prépara une mixture de l’eau d’anome et de lait. Il la versa dans les ages, appela les créatures pour se nourrir.
Elles vinrent confiantes et burent le mélange empoisonné. En quelques minutes, elles commencèrent à chanceler, leurs pattes ne les portant plus. Elles s’effondrèrent une par une sur la paille, leur respiration devenant plus lente, plus faible. Leurs yeux restaient ouverts, fixant le berger jusqu’à la fin.
La dernière à mourir fut la créature dominante. Son regard ne quitta jamais Valentin, portant une expression que le berger ne put jamais oublier. Pas de la haine, pas de la peur, plutôt une forme de compréhension triste, presque humaine. Dans les autres fermes, les abattages se poursuivirent. Certaines créatures tentèrent de fuir, s’échappant des bergeries pour courir dans les champs.
Les gendarmes les pourchassèrent, les abattant une par une. Quelques-unes réussirent à atteindre les bois, disparaissant dans les sous-bois épais. Le sept octobre au soir, dix à huit créatures avaient été tuées. De restaient introuvables, échappés dans la nature sauvage d’Écosse. Des battus furent organisés pour les retrouver sans succès.
Les traces se perdaient dans les gorges rocheuses, les forêts denses où même les chasseurs expérimentés hésitaient à s’aventurer. Les corps des créatures furent brûlés dans de grands brasiers établis à l’écart des villages. La fumée noire monta dans le ciel durant deux jours, visible à des kilomètres. L’odeur de chair brûlée imprégna la région. Un rappel nausé à bon de cette tragédie.
Les éleveurs reçurent leur compensation, mais l’argent ne pouvait effacer ce qu’ils avaient vécu. Plusieurs sombresent dans la dépression. Augustin Ferrand ne quitta plus sa maison, hanté par les cris qu’il entendait remonter du puit où il avait jeté ses créatures. Il mourut 6 mois plus tard.
Le corps épuisé par l’insomnie et le désespoir. Lucien Pradel vendit sa ferme et partit pour l’Amérique. Il ne voulait plus rien voir qui lui rappelle cette période. D’autres familles suivirent, abandonnant des terres cultivées depuis des générations pour fuir les souvenirs. Valentine resta. Sa femme revint, mais leur relation ne fut plus jamais la même.
Il ne parlait jamais de ce qui s’était passé. Louise priait constamment, cherchant le pardon pour ce qu’elle considérait comme un péché mortel. Pierre passait ses journées dans les champs, fuyant la bergerie qu’il avait fait nettoyer et repeindre, mais qui gardait une aura malsine. Le journaliste Laval publia un livre sur l’affaire.
Les hybrides de l’azer devint un bestseller alimentant des débats passionnés dans toute la France. Certains accusaient l’aval d’exagération, d’autres le félicitaient d’avoir documenté un événement historique crucial. Le gouvernement tenta d’étouffer l’affaire.
Des pressions furent exercées sur les journaux pour qu’il cesse de couvrir le sujet. Les rapports officiels furent classés secrets, enfermés dans des archives auxquelles peu de gens avaient accès. La version officielle devint qu’il s’agissait d’une maladie animale rare ayant provoqué des malformations graves mais purement physiques. L’Académie des Sciences débattit longuement des implications éthiques.
Fallait-il interdire toute recherche sur l’hybridation ? Comment empêcher de futures expériences similaires ? Les scientifiques se divisaient entre ceux qui prenaient la liberté de recherche et ceux qui réclamaient des gardes fous stricts. Un comité fut créé pour établir des règles concernant les expérimentations biologiques.
Il jeta les bases de ce qui deviendrait des décennies plus tard la bioéthique moderne. L’affaire de l’user servit de cas d’étude. Un avertissement sur les dangers de la science sans conscience. Adalbert Kessler ne fut jamais retrouvé. Des rumeurs circulèrent sur sa présence dans différents pays.
Certains prétendaient l’avoir vu en Argentine, d’autres en Russie. Des histoires similaires de naissances animales anormales émergèrent sporadiquement dans diverses régions, mais aucune ne fut confirmée. Les 12 créatures échappées devinrent une légende locale. Les bergers racontaient les avoir aperçus dans les montagnes, se déplaçant en groupe, évitant les humains.
Certains affirmaient qu’elles avaient appris à survivre dans la nature, chassant de petits animaux se réfugiant dans des grottes durant l’hiver, 1892, plusieurs moutons furent retrouvés morts dans des circonstances étranges. Les blessures ne correspondaient pas à celles infligées par des loups ou d’autres prédateurs naturels. Les villageois murmuraient que les créatures se vengeaient, tuant le bétail en représaille.
Au printemps les créatures échappées commencèrent à se manifester dans toute la région. Un bûcheron observa trois d’entre elles buvant près d’une source, utilisant leurs pattes avant pour porter l’eau à leur bouche comme des humains. Un chasseur découvrit des traces étranges menant à une grotte contenant des restes d’animaux soigneusement dépessés, les eaux disposées en tas organisés.
Ces comportements révélaient une intelligence troublante qui terrifiait les villageois. En mai, un berger nommé Claude Tessier disparut dans les montagnes. Son troupeau fut retrouvé intact mais terrifié, les chiens de garde ayant abandonné leur poste. Tr jours plus tard, on le découvrit vivant mais traumatisé dans un abri de pierre. Son récit glaça tous ceux qui l’entendirent.
Six créatures l’avaient encerclé et gardé prisonnier pendant deux jours sans l’attaquer. Elle l’observait, produisait des sons entre elles, comme si elle discutait. La plus grande créature avait même tracé des motifs délibérés sur le sol avec sa patte avant de le libérer. Tessier quitta laer immédiatement, jurant qu’il avait vu dans leurs yeux une intelligence qui n’aurait jamais dû exister.
Le préfet ordonna une nouvelle campagne d’abattage. Des chasseurs professionnels traquèrent les créatures durant des semaines, n’en tuant que cinq durant tout l’été. Les créatures avaient appris à éviter les humains, se déplaçant uniquement la nuit et se cachand dans des endroits inaccessibles.
Deux chasseurs abandonnèrent, incapable d’abattre des êtres qui leur semblaient trop humains. L’un raconta qu’une créature l’avait regardé avec un mélange de peur et de supplication qui l’avait paralysé. À l’automne, les autorités déclarèrent que les créatures survivantes ne représentaient plus de menaces immédiates, mais les bergers continuaient de rapporter des signes étranges. Des troupeaux refusaient de pêtre dans certaines zones.
Des chiens aboyaient furieusement vers des grottes spécifiques. Des bruits nocturnes inexplicables troublaient les nuits. Un vieux berger nommé Antonin Fabre prétendit avoir découvert leur refuge dans une grotte profonde des gorges du Tarne. Il jura y avoir observé sept créatures vivant en communauté primitive.
Elles avaient aménagé leur habitat transportant de la paille et creusant un bassin pour l’eau de pluie. Leur organisation sociale montrait une complexité troublante avec certaines qui chassaient, d’autres qui gardaient l’entrée, d’autres qui s’occupaient de tâches domestiques, ce qui troubla le plus. Fabre fut une scène au crépuscule.
Les créatures s’étaient rassemblées et produisaient des sons rythmés, ressemblant à un champ, une forme de rituel collectif. Personne ne crut vraiment son histoire. Fabre étant connu pour embellir ses récits, mais il mainint sa version jusqu’à sa mort. L’hiver 189-13 [Musique] fut particulièrement rigoureux. Les villageois pensèrent que les créatures ne survivraient pas.
Au printemps, des bergers découvrirent des ossements dans une grotte d’égorges du Tarne. Les eaux présentaient des caractéristiques ni totalement ovines, ni totalement humaines, disposé en cercle comme si quelqu’un les avait arrangé délibérément. À côté des ossements, on trouva des pierres taillées formant des outils rudimentaires, des bâtons marqués de traits réguliers suggérant un système de comptage et des dessins sur les parois représentant des formes entre moutons et humains.
Les autorités confisquèrent rapidement ses découvertes et scellèrent la grotte. Le rapport officiel conclut qu’il s’agissait de moutons ordinaires et d’objets laissés par des bergers. Mais ceux qui virent les osmans racontèrent une autre histoire.
Ces créatures avaient survécu au moins un an et demi, développant compétences, culture primitive et peu être même une forme de spiritualité. Les années passèrent et l’affaire devint un détail obscur dans les archives scientifiques. Valentin vieillit, hanté par la culpabilité, rêvant des créatures qu’il avait empoisonné. Louise mourut en 1895, confessant n’avoir jamais cessé d’entendre leur cri.
Le père Mathieu se torturait avec des questions impossibles sur l’âme de ces créatures et la nature morale de leur destruction. La Val continua à décrire sur l’éthique scientifique. Son livre devint une référence pour les générations futures d’étudiants débattant des limites de l’expérimentation. Valentine mourut en 1903, confiant peu avant sa mort avoir rêvé d’une créature qui lui parlait avec des mots parfaits, lui disant qu’elle comprenait et ne lui en voulait pas. Les derniers témoins directs moururent dans les années 1920.
Les histoires se transformèrent en légendes, en folklore pour effrayer les enfants. Mais dans les archives départementales, les documents restaient. Rapports officiels, dessins anatomiques, photographie floue, témoignages écrits confirmant l’inexplicable. En 1947, l’historien Marcel Fontaine compila tous les documents dans une thèse universitaire scandaleuse.
Il argumentait que l’affaire représentait un tournant dans l’histoire de la bioéthique, la première confrontation concrète avec les conséquences de manipulation génétique avancée. Sa thèse fut largement ignorée, trop controversée, mais quelques scientifiques visionnaires comprirent sa pertinence croissante.
Aujourd’hui, la vérité complète reste obscure. Les documents furent en grande partie détruits durant les guerres. Certains historiens suggèrent une hystérie collective, mais cette explication n’explique pas la cohérence des témoignages, les rapports vétérinaires détaillés, les photographies.
La région garde des traces, grottes scellées, panneaux discrets, bergers évasifs. La vérité sur Kessler ne fut jamais établie. Aucun document ne confirme son existence. Certains suggèrent qu’il était un agent étranger testant des armes biologiques, d’autres un scientifique fou. Quelques-uns proposent même qu’il venait du futur. Les formules dans son carnet ne correspondaient à aucune substance connue. L’héritage de cette affaire dépasse ces circonstances.
Elle rappelle les dangers du progrès scientifique incontrôlé que créer la vie sans comprendre les conséquences mèneent à des tragédies. Elle pose des questions éthiques intemporelles sur la conscience, les droits des êtres qui n’appartiennent à aucune catégorie établie, la responsabilité qui accompagne le pouvoir de créer.
Dans les montagnes silencieuses de la vent souffle encore. Parfois un berger solitaire entend un bellement qui semble presque mais pas tout à fait humain et il se demande si quelque part dans ces montagnes sauvages quelque chose survit encore attendant dans l’obscurité. L’affaire des 200 moutons aux visages humains reste l’un des mystères les plus troublants de l’histoire française.
Un avertissement sur les portes que la science ne devrait jamais ouvrir.