Embûche Médiatique : Comment un Député LFI a mis BFM TV en “flagrant délit” de désinformation sur la précarité bancaire

Embûche Médiatique : Comment un Député LFI a mis BFM TV en “flagrant délit” de désinformation sur la précarité bancaire
Le paysage médiatique français est depuis longtemps scruté pour ses biais et ses méthodes de traitement de l’information politique. Récemment, une séquence diffusée sur BFM TV, impliquant le député de La France Insoumise (LFI) Thomas Léoman, a illustré de manière cinglante la tension entre l’information citoyenne et ce que l’élu dénonce comme un « système médiatique qui n’est pas là pour informer mais qui est là pour désinformer ». Invité sur un plateau, le député s’est retrouvé au cœur d’une véritable embuscade : une mise en cause agressive concernant la diffusion d’une « fake news » au sujet de l’interdiction des découverts bancaires au-delà de 200 euros, prétendument décidée par Emmanuel Macron.
Ce qui aurait pu n’être qu’un simple débat télévisé s’est transformé en un affrontement démonstratif, où l’élu, après avoir été ciblé et sali, selon ses propres termes, a non seulement réussi à rétablir sa version des faits, mais a surtout déplacé le curseur de la polémique, de la simple technique législative vers un enjeu social criant : la précarité bancaire de 20 % des Français. En s’imposant face à un feu roulant d’attaques et de moqueries, Thomas Léoman a soulevé des questions cruciales sur les méthodes journalistiques, l’instrumentalisation du débat public et la réalité cachée de la « surtransposition » des lois européennes par l’exécutif français.
L’Ambush de Plateau : L’Accusation de “Fake News” et le Procès en Désinformation
La séquence a débuté comme une attaque frontale : le député Léoman a été confronté à un extrait de sa propre vidéo où il dénonçait l’ordonnance signée par Emmanuel Macron, ordonnance qui obligerait les banques à contrôler davantage les personnes à découvert. Son message était clair : faire un découvert s’apparenterait désormais à demander un crédit à la consommation, impliquant des règles bien plus strictes.
La riposte du plateau, jugée « scandaleuse » par le député, fut immédiate et unanime. Les journalistes et invités ont réfuté l’information, la qualifiant de « n’importe quoi » et de « fake news après fake news ». Les arguments avancés par BFM TV pour démonter la thèse de l’élu étaient doubles et précis :
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Une Directive Européenne, pas une Décision Macron : Il a été martelé que la mesure n’était pas une décision unilatérale française, mais la transposition d’une directive européenne, adoptée par le Parlement en 2023. Ironie du sort, il a été rappelé que Manon Aubry, députée européenne LFI, avait elle-même voté pour cette directive.
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Un Contrôle, pas une Interdiction : Il a été précisé que le découvert bancaire ne serait « ni interdit ni impossible », mais simplement « contrôlé » au-delà de 200 euros. La banque examinera la solvabilité du client pour déterminer s’il peut ou non bénéficier d’un découvert, un droit qui ne sera plus automatique.
Pour renforcer le discrédit, le plateau a même élargi le débat à d’autres communications récentes de LFI sur les réseaux sociaux. Évoquant le phénomène des « notes de la communauté » sur Twitter (désormais X), BFM a pointé d’autres tweets d’élus insoumis qui auraient nécessité l’ajout de contexte pour corriger ce qui s’apparenterait à de la désinformation (notamment un tweet de Manon Aubry sur les circonstances de la mort de Zied et Bouna). En invitant une personne, sans la prévenir du sujet, pour ensuite lui « salir la tête » et l’empêcher de répondre, le député dénonce une méthode odieuse visant à décrédibiliser l’opposition plutôt qu’à informer le public.
Le Point Clé de l’Affrontement : La “Surtransposition”

Thomas Léoman a finalement réussi à imposer sa parole pour rétablir ce qu’il considère être la vérité. Sa défense, articulée avec détermination, a permis de recentrer le débat sur un aspect technique, mais aux conséquences sociales explosives : la surtransposition de la directive européenne par le gouvernement Macron.
Le député a confirmé l’existence de la directive européenne, votée par presque tous les députés français (y compris M. Bardella qui a dû corriger son vote a posteriori). Cependant, il a accusé l’exécutif d’avoir été au-delà de ce que le texte européen exigeait, faisant du président de la République le « responsable de la situation ».
Cette surtransposition, selon lui, n’est pas un détail technique, mais une décision politique lourde de conséquences. Si le contrôle est accru au-delà de 200 euros, il devient un outil que les banques peuvent utiliser pour refuser de manière plus systématique le découvert, transformant ainsi un filet de sécurité pour les plus modestes en une demande de crédit soumise à des critères de solvabilité stricts. Le député maintient que son information n’était pas fausse, mais qu’elle se focalisait sur l’impact final de la transposition du texte par le gouvernement français.
L’Enjeu Social Profond : Manger ou le Contrôle Bancaire
L’argument le plus percutant de Thomas Léoman, et celui qui a conféré à la séquence sa charge émotionnelle la plus forte, a été de replacer le débat dans la réalité vécue par les Français les plus modestes. Il a réfuté l’exemple, donné par un intervenant, du découvert servant à « remplacer la machine à laver qui tombe en panne », un scénario certes plausible, mais jugé déconnecté par l’élu.
Pour l’élu LFI, la réalité est bien plus crue : 20 % de la population française est à découvert dès le 16 du mois parce qu’elle n’a « pas assez d’argent pour manger ».
C’est là que la nouvelle règle du contrôle bancaire devient un véritable enjeu de survie. En forçant la banque à un contrôle accru sous les nouvelles dispositions, l’élu craint qu’elle ne soit incitée à refuser plus souvent l’autorisation de découvert, contraignant les familles précaires à des choix impossibles : « il va falloir choisir entre nourrir ses gamins et le banquier qui va dire ‘désolé, pardon’ ».
Le député a ainsi fait basculer le sujet, d’une querelle d’experts sur l’interprétation d’une ordonnance, vers une question de justice sociale et de survie quotidienne. Il a d’ailleurs souligné le contraste saisissant entre ce combat pour les découverts et les discussions sur « la manière dont les ultra-riches vont faire des holdings pour éviter de payer l’impôt », dénonçant une déconnexion de l’élite politique et médiatique face aux difficultés de la majorité des Français.
Responsabilités Politiques et Appel à la Mobilisation
En conclusion de son intervention, Thomas Léoman a mis en lumière les responsabilités politiques derrière la mise en œuvre de cette mesure. Il a rappelé qu’un amendement de LFI avait été déposé à l’Assemblée nationale pour empêcher Emmanuel Macron de procéder à cette surtransposition par ordonnance. Or, cet amendement n’a pas pu aboutir en raison de l’abstention du Parti Socialiste (PS) et du Rassemblement National (RN), des informations que chacun peut vérifier.
Selon l’élu, si l’information sur les risques de cette loi n’avait pas été relayée par LFI, « personne n’aurait été au courant » de cette menace sociale. Cette séquence de « flagrant délit » de désinformation par le système médiatique met en évidence, pour Thomas Léoman, la nécessité pour les forces d’opposition de disposer de moyens d’information autonomes.
L’objectif final de cette alerte est de provoquer une mobilisation. La mesure doit en théorie entrer en vigueur en novembre 2026. Pour empêcher cette « histoire de frais bancaires », le député, avec Clémence Guetté, a lancé une pétition. Cet appel à l’action est présenté comme la « meilleure réponse » à apporter à un système médiatique perçu comme hostile et manipulateur. Au-delà du spectacle télévisé, l’enjeu reste celui de la souveraineté du peuple face à la précarité et aux décisions prises dans l’ombre du débat public.