« J’AI 72 ANS : JE SUIS FOUTU ! » : LE CRI DE DÉTRESSE DES SOLITUDES CACHÉES FACE À LA TYRANNIE DE L’INDIVIDUALISME

« J’AI 72 ANS : JE SUIS FOUTU ! » : LE CRI DE DÉTRESSE DES SOLITUDES CACHÉES FACE À LA TYRANNIE DE L’INDIVIDUALISME


« J’AI 72 ANS : JE SUIS FOUTU ! » : LE CRI DE DÉTRESSE DES SOLITUDES CACHÉES FACE À LA TYRANNIE DE L’INDIVIDUALISME

 

Dans un débat qui a rapidement basculé du sociologique à l’intime, l’émission de Pascal Praud a mis en lumière un mal profond, silencieux et universel qui ronge la société française : la solitude, exacerbée par une culture de l’individualisme élevé au rang de dogme. Parti d’une simple évocation des anciennes Catherinettes, un jadis où la société « culpabilisait » les jeunes femmes non mariées, la conversation a révélé l’amère ironie du progrès social. Si l’on ne stigmatise plus l’absence de mariage, on a créé un nouveau type de souffrance : celle de l’isolement choisi ou subi, dont la confession poignante d’un chroniqueur de 72 ans a servi d’ancre émotionnelle.

La force de ce débat réside dans son ancrage immédiat et viscéral, s’éloignant des abstractions politiques pour toucher au cœur de l’expérience humaine. Il a mis en évidence le paradoxe d’une société qui a conquis plus de droits que jamais – le droit de divorcer, le droit d’avorter, le droit au mariage pour tous – mais qui semble avoir perdu, en chemin, le sens de l’engagement et de la générosité envers autrui.


L’Autre, De Partenaire à Contrainte

La distinction sémantique opérée par Gaultier Lebret fut un moment clef de l’analyse. Selon lui, la société n’est pas tant devenue individualiste que dominée par la multiplication des droits individuels. Pourtant, le chroniqueur a aussitôt dénoncé la dérive de cet éloge de l’autonomie vers un individualisme toxique : celui où « l’autre est une contrainte ».

Cette peur de l’engagement se manifeste à tous les niveaux du lien social. On choisit de ne pas se marier par crainte que l’autre ne devienne une obligation. On refuse de vivre en couple pour préserver son espace. Et, de manière plus radicale, on s’abstient d’avoir des enfants, car la parentalité est perçue comme la contrainte ultime. Avoir un enfant, c’est accepter que « tout ne tourne plus autour de soi », que le mode de vie soit modifié, que l’on ne puisse plus aller au cinéma ou au restaurant à sa guise. Pour cette génération obsédée par la liberté et la flexibilité, l’enfant représente l’antithèse d’une vie centrée sur l’égo.

Cette fuite devant la responsabilité et l’altérité est, pour Gaultier Lebret, un manque criant de générosité. Lutter contre l’individualisme, ce n’est pas nier les droits acquis, mais retrouver cette capacité à se tourner vers l’autre, à accepter que le bonheur puisse résider dans le partage et le sacrifice des petites libertés au profit d’un bien commun, d’une relation qui vous dépasse.


Le Drame des Solitudes : Quand 72 Ans Sonne le Glas

L’intensité du débat a atteint son paroxysme lorsque Georges Richard, un contributeur de 72 ans, a livré un constat d’une brutalité désarmante. Parlant de la solitude et de l’absence d’engagement, il a déclaré : « J’ai 72 ans, je suis foutu, je suis fini. »

Cette formule, qui a provoqué l’indignation immédiate de Pascal Praud (« insupportable ce discours », « on ne doit jamais dire du mal de soi »), est le symptôme d’une blessure profonde. Elle incarne la peur existentielle de celui qui regarde son parcours et constate, non pas un échec, mais l’impossibilité de la rencontre et du partage au crépuscule de sa vie. Le fait que M. Richard se sente « fini » parce que seul, dans une société qui prétend valoriser l’autonomie à tout âge, est un réquisitoire contre l’hypocrisie du discours ambiant.

Pourtant, d’autres voix ont rappelé que l’amour et l’engagement ne connaissent pas d’âge. Des chroniqueurs ont insisté sur l’existence d’individus qui « tombent amoureux à 90 ans », essayant de contrecarrer cette fatalité. Mais la phrase de Richard restera dans les esprits comme le cri d’une génération sacrifiée par l’idéologie de l’autonomie absolue.


L’Éruption de l’Autre : Une Nécessité Philosophique

Face à l’analyse sociologique de la contrainte, une analyse plus philosophique a été esquissée, s’appuyant sur les travaux d’Emmanuel Lévinas et le concept de « l’éruption de l’autre ». Le bouleversement qu’introduit l’autre dans une vie est, par définition, « irremplaçable ». Il ne s’agit plus de savoir si l’autre est une contrainte ou une opportunité, mais de reconnaître que la rencontre est l’événement qui donne sens à l’existence.

Toutefois, la peur de l’autre a d’autres ramifications inattendues. Il a été noté que pour certains, l’absence de conjoint ou d’enfant conduit à une carrière « morcelée ». Paradoxalement, sans les ancrages personnels traditionnels, l’individu n’a pas le « contrepoids » nécessaire face aux contraintes professionnelles. Il démissionne, ne supporte pas son patron, sa carrière n’est pas linéaire, car il n’a pas à faire preuve de la même résilience et du même sacrifice que celui qui porte la responsabilité d’une famille. L’engagement personnel est, in fine, ce qui structure et solidifie la trajectoire professionnelle et sociale.


L’Individualisme des Jeunes et le Refus de Souffrir

L’individualisme n’est pas l’apanage des aînés. Pascal Praud a confié que la solitude le « pèse sincèrement » depuis quelques années, une confession inattendue de la part de l’animateur. Un autre chroniqueur, Olivier (26 ans), a apporté la perspective de la jeunesse. Il a tracé à grands traits le schéma type de la génération actuelle : formation de couples et naissance d’enfants entre 25 et 35 ans, suivi d’un retour massif sur le « marché » entre 35 et 40 ans à cause du divorce pour « un oui pour un non ».

Le divorce facilité, un droit individuel, est devenu un réflexe, une échappatoire rapide dès que l’autre redevient une contrainte. L’engagement n’est plus un pacte sacré, mais un contrat révocable au premier désaccord.

Cette fuite en avant a cependant une cause plus tolérable que la simple égoïsme : la peur de souffrir. Il a été souligné que certains individus sont « trop sensibles », « à fleur de peau », et craignent que l’amour ne les « détruise » après avoir été blessés par le passé. Dans ce contexte, se « garder bien de juger les destins individuels » est essentiel, tant que ces choix ne font de mal à personne. Mais même ici, l’alternative est souvent le repli.

La solitude devient un « engagement » en soi, comme le suggère un chroniqueur : celui d’accepter son sort, de vivre sans l’autre. Une posture que Praud a rapidement dénoncée comme l’inverse même de ce qu’est la vie : « Nous on est vivant. »


Le Symbole de la Rupture : Un Chien à la Place d’un Enfant

Le débat a atteint le sommet de l’absurdité moderne avec l’évocation d’un mouvement croissant qui compare le fait de devenir parent à celui de « prendre un chien ». L’image d’une femme appelant son animal de compagnie au parc « Mon fils, viens voir Maman » est un puissant symbole de la rupture.

Ce geste, loin d’être anodin, illustre le besoin irrépressible d’altérité et de générosité, mais substitué par une relation sans risque, sans surprise, sans réels sacrifices. Le chien est l’« autre » réinventé : il donne de l’affection sans être une contrainte, permettant à l’individu de cocher la case de la « responsabilité » sans jamais avoir à faire face au « bouleversement » imprévisible et total de l’enfant ou du conjoint.

En conclusion, la société française, si fière de ses acquis en matière de droits individuels, est désormais confrontée à l’addition de ces libertés : une vague de solitude et une angoisse existentielle que le système ne sait pas endiguer. Le véritable combat de demain ne sera peut-être pas idéologique ou financier, mais celui de la reconquête de l’engagement, de la générosité et du courage d’accueillir l’autre dans sa vie, même s’il représente une « contrainte ». Car, comme l’a implicitement rappelé M. Richard, l’épanouissement individuel n’est rien sans le partage.

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