La Génération «Désarmée» de Sarah Knafo Affronte le Passé d’Alain Duhamel : «Nous Payons les Erreurs de la Vôtre !»

Article: La Génération «Désarmée» de Sarah Knafo Affronte le Passé d’Alain Duhamel : «Nous Payons les Erreurs de la Vôtre !»
Dans un duel intellectuel captivant, la députée européenne Reconquête, Sarah Knafo, s’est mesurée au doyen des éditorialistes politiques français, Alain Duhamel, offrant un face-à-face qui a rapidement dépassé le cadre d’un simple débat pour devenir un affrontement générationnel sur l’idée même de la nation. Autour de l’annonce d’Emmanuel Macron concernant un nouveau dispositif de service militaire volontaire, les deux personnalités ont dessiné les contours d’une France et d’une jeunesse en pleine mutation. Loin des clichés sur une jeunesse passive et désenchantée, Sarah Knafo a martelé une conviction : sa génération est prête à se lever pour la patrie, mais elle doit d’abord rétablir les fondations stratégiques minées par les erreurs d’une époque révolue, n’hésitant pas à pointer du doigt la génération de son contradicteur.
Le Patriotisme Retrouvé : Une Jeunesse Soif d’Idéal
Dès les premières minutes de l’échange, un consensus s’est dégagé, marquant un tournant historique dans le débat public. Sarah Knafo a affirmé avec force que «notre jeunesse a soif d’engagement» et qu’il existe «une génération prête à se lever pour la patrie». Elle a appelé à offrir à cette jeunesse «un idéal en même temps que cette liberté de le servir».
Fait notable, Alain Duhamel, connu pour son analyse mesurée et son recul historique, n’a pas réfuté cette observation. Après avoir rappelé que l’incarnation de l’idée de la nation est le «job» naturel du Président de la République, il a admis que le climat avait changé. Duhamel, qui a vécu l’époque post-68 où les relations entre la jeunesse et l’armée étaient loin d’être idéales et où l’idée de la conscription n’était pas populaire, a apporté des chiffres éloquents. Il se satisfait de voir qu’aujourd’hui, une très forte majorité de Français, y compris plus de 70% des moins de 25 ans, se sentent patriotes. Mieux encore, l’institution militaire est celle qui jouit du plus grand respect. «Aujourd’hui, il y a un pont. Et ben, j’aime mieux le pont que l’abîme», a-t-il conclu, reconnaissant la validité du constat de l’eurodéputée avant même qu’elle n’ait pu développer son argumentaire.
Sarah Knafo a alors partagé une anecdote révélatrice de la traversée du désert idéologique. À Science Po, se dire patriote relevait de l’exception, la confiant à l’impression d’être une «espèce en voie de disparition». Elle a rappelé la phrase de Marie-France Garaud lorsqu’elle l’avait invitée : «Mais alors, il y a encore de jeunes gens qui pensent à la France ?». Ce scepticisme, selon Knafo, est le produit de la «doxa des années 70, des années 80» qui prônait le déclin de l’idée nationale, l’idée que «les nations étaient un cadre dépassé» et que le monde était arrivé à la «fin de l’histoire».
Le Choc des Générations : Quand la Naïveté Coûte Cher
C’est sur ce point précis que Sarah Knafo a lancé son attaque la plus frontale et la plus marquante. À l’apaisement de Duhamel concernant le «pont» retrouvé avec la jeunesse, elle a répliqué sans détour : «Si je puis me permettre, c’est parce que ma génération a beaucoup payé des erreurs de la vôtre et qu’on a vu ce que ça créé dans la société.»
Pour la figure de Reconquête, l’optimisme stratégique béat du passé a engendré un «désarmement» national, à la fois «moralement, intellectuellement et militairement». La génération Knafo, qui a subi très jeune «les attentats du Bataclan» et «vu le tragique revenir sur le sol français», ne s’autorise plus la «grande naïveté» de croire aux «dividendes de la paix» après la chute de l’URSS. Cette génération, par nécessité vitale, est revenue aux fondamentaux de la nation et de la défense.
L’eurodéputée a validé l’idée d’un service militaire volontaire, tout en regrettant l’«erratisme» du gouvernement Macron sur le sujet, fustigeant au passage le Service National Universel (SNU), qualifié de «ruineux» par la Cour des comptes. Ce retour au concret et au devoir de puissance est, pour elle, la seule réponse à la fragilité engendrée par le passé.
L’Impératif de Souveraineté : La France, Colonie Américaine ?
Le débat s’est ensuite cristallisé autour de la souveraineté militaire, révélant une divergence profonde sur le rôle de la France dans le monde. Sarah Knafo a vigoureusement dénoncé la tendance des Européens à s’abriter «sous le parapluie militaire américain», les décrivant comme une «sorte de colonie qui serait protégée par le grand frère américain». Elle a insisté sur la nécessité pour chaque nation d’avoir un «devoir de puissance» et de se protéger «elle-même».
L’arme principale de la France, selon Knafo, réside dans son industrie de défense souveraine de A à Z. Elle a cité l’exemple du sous-marin nucléaire Suffren, dont le million de pièces sont toutes «françaises, toutes souveraines», garantissant une utilisation opérationnelle sans autorisation étrangère. En contraste, elle a critiqué l’achat d’équipements américains, car même avec une seule composante américaine, «les États-Unis sont maîtres de la mise à jour et même maître de l’utilisation opérationnelle». L’achat de F-35 plutôt que de Rafale est ainsi perçu comme un acte de soumission.
Alain Duhamel a reconnu la tradition française d’indépendance en matière de défense et a validé l’idée que le «mépris proclamé» de Donald Trump envers l’Europe est une «occasion de progresser» dans la défense nationale et la coopération européenne. Cependant, il a nuancé, rappelant que les partenaires européens ont souvent «dans leur gène» une tradition atlantique et un esprit de dépendance que la France, par chance, n’a pas.

Le Duel Éléphant-Moineau : La Stratégie du Vote RN
En fin d’émission, le débat a basculé sur l’échiquier politique et l’éventuelle Union des droites. Face aux scores élevés du Rassemblement National, Sarah Knafo a fourni une analyse sans concession sur la motivation profonde de ses électeurs. Selon elle, l’énorme score du RN traduit le fait qu’«au moins 35% des Français sont prêts à tous les sacrifices politiques pour qu’enfin quelqu’un arrête l’immigration.»
Les électeurs seraient ainsi prêts à fermer les yeux sur les convictions économiques (socialistes) du RN et sur son silence sur des sujets comme le wokisme ou l’école, car ils le perçoivent comme le «parti le mieux placé pour lutter contre l’immigration».
L’offre de Reconquête, a-t-elle expliqué, est d’éviter ce «sacrifice» : «Vous pouvez lutter contre l’immigration tout en libérant notre économie. Vous pouvez lutter contre l’immigration tout en redressant notre école.» L’objectif du parti, a-t-elle admis, est «très ambitieux» : briser le monopole du RN, vieux de 50 ans, un pari qu’elle justifie en citant l’exemple italien de Giorgia Meloni.
Alain Duhamel a concédé que l’immigration est un facteur central du vote RN, mais a souligné que ce n’est pas la seule explication, évoquant également un «malvivre», des zones de pauvreté et un sentiment de ne pas être écouté. Il a conclu sur l’image frappante de la droite de la droite : «Il y a à l’extrême droite un éléphant et un moineau», tout en reconnaissant que la politique n’est pas fixée et que «il peut se passer 10 000 choses» en 18 mois.
Ce débat, riche en tensions et en révélations, a mis en lumière la fracture qui sépare l’ancienne et la nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques, une fracture où le retour à la patrie, à la souveraineté et à l’impératif de puissance semble être l’unique ligne directrice de la relève.