Une femme, neuf hommes. Un secret si monstrueux qu’il a détruit l’une des dynasties les plus puissantes de la Réunion. Imaginez une nuit de 1843 dans une grande demeure coloniale perdue dans les montagnes de l’île Bourbon : une veuve de 34 ans, belle, riche, intouchable. Et dans une aile secrète de sa plantation, neuf hommes attendent. Neuf esclaves choisis, sélectionnés, utilisés, pas pour le travail dans les champs, mais pour satisfaire les désirs d’une femme qui vient de découvrir le pouvoir absolu. Ce que vous allez entendre aujourd’hui n’est pas une légende. C’est une histoire vraie, documentée, vérifiée. Une histoire si scandaleuse qu’elle a été effacée des livres d’histoire pendant plus de 150 ans parce qu’elle révélait quelque chose que personne ne voulait admettre : que les femmes blanches de la haute société coloniale pouvaient être aussi cruelles, aussi perverses, aussi monstrueuses que les hommes. Restez jusqu’à la fin parce que ce qui va se passer quand ce secret explosera au grand jour va vous glacer le sang, et la vengeance qui viendra de l’intérieur va détruire tout ce que cette femme a construit.

Janvier 1843, île Bourbon, aujourd’hui connue sous le nom de la Réunion, une petite île française dans l’océan Indien à l’est de Madagascar. Une île de volcans, de forêts tropicales, de plantations de café et de canne à sucre qui s’étendent à perte de vue. Une île où les familles coloniales françaises ont bâti des fortunes colossales sur le dos de milliers d’esclaves amenés d’Afrique, de Madagascar, d’Inde et des îles voisines. L’esclavage a été officiellement aboli en France en 1848, mais nous sommes en 1843. L’abolition n’est pas encore arrivée et sur les plantations isolées, loin du regard des autorités de Saint-Denis, l’esclavage règne dans toute sa brutalité.
Le domaine de Saint-Pierre est l’un des joyaux de cette île. Situé dans les Hauts, la région montagneuse du centre, le domaine s’étend sur plus de 2000 hectares. Des plantations de café qui produisent les meilleurs grains de l’océan Indien, des centaines de travailleurs, des dizaines de contremaîtres. Et au sommet de la colline, dominant tout comme un château de conte de fée transformé en cauchemar, se dresse la grande case de Valois, une demeure magnifique, trois étages, des balcons en fer forgé, des jardins à la française, des fontaines. C’est la maison de la famille de Valois Beauregard, une dynastie qui règne sur cette région depuis deux générations. Une famille respectée, crainte, admirée. Une famille dont le nom ouvre toutes les portes à Saint-Denis, à Maurice, même à Paris.
Mais en ce mois de janvier 1843, cette famille vient de subir un coup terrible. Le baron Philippe de Valois Beauregard, le patriarche, l’homme le plus puissant de la région, vient de mourir de la fièvre jaune. Cette maladie qui tue des milliers de personnes chaque année dans les colonies tropicales. Philippe était fort, robuste, mais la fièvre ne fait pas de distinction. En trois jours, il est passé d’un homme en pleine santé à un cadavre gonflé et jaune. Il avait 52 ans. Il laisse derrière lui une veuve, Madame Catherine de Valois Beauregard. Et c’est elle qui va changer l’histoire de cette île à jamais.
Catherine a 34 ans. C’est une femme d’une beauté saisissante : grande, mince, des cheveux noirs comme l’ébène remontés en un chignon élaboré, des yeux verts perçants qui semblent voir à travers les gens, une peau protégée du soleil tropical par des ombrelles et des voiles. Elle ressemble à une peinture de la Renaissance. Mais sous cette beauté se cache quelque chose de beaucoup plus sombre. Catherine a été mariée à Philippe quand elle avait 16 ans. Un mariage arrangé. Elle ne l’a jamais aimé. Philippe était brutal, égoïste. Il la traitait comme une propriété, comme un objet décoratif à exhiber lors des réceptions. Pendant 18 ans, Catherine a vécu dans une cage dorée, obligée de sourire, de jouer le rôle de l’épouse parfaite, de fermer les yeux sur les maîtresses de son mari, sur sa violence, sur son mépris.
Mais maintenant, Philippe est mort et Catherine est libre. Pour la première fois de sa vie, elle contrôle quelque chose. Elle contrôle tout. Selon les lois coloniales de l’époque, en l’absence d’héritier mâle direct, c’est elle qui hérite du domaine. 2000 hectares, 350 esclaves, une fortune estimée à plus de 500 000 francs. Catherine de Valois Beauregard est devenue l’une des femmes les plus riches de l’océan Indien. Et elle a des idées que personne ne pourrait imaginer. Les funérailles de Philippe sont grandioses. Toute la haute société de la Réunion est présente. Les planteurs, les commerçants, le gouverneur colonial lui-même. Catherine joue son rôle à la perfection : voilée de noir, les yeux baissés, l’image parfaite de la veuve éplorée. Mais sous ce voile, ses yeux brillent, pas de larmes, mais d’anticipation. Elle enterre son mari avec tous les honneurs, et elle enterre avec lui dix-huit ans de servitude et d’humiliation, dix-huit ans de désirs réprimés. Catherine a passé toute sa vie adulte à être contrôlée par un homme. Maintenant, c’est son tour. Son tour de contrôler, son tour de posséder, son tour de prendre ce qu’elle veut.
Les semaines suivant les funérailles, Catherine commence à prendre le contrôle du domaine. Elle convoque le régisseur, Monsieur Dubois, un homme qui travaillait pour Philippe depuis 20 ans. Elle lui fait comprendre très clairement qu’elle n’est pas une veuve décorative qui va laisser les hommes gérer ses affaires. Elle étudie les livres de comptes, elle inspecte les plantations, elle interroge les contremaîtres. Elle montre une intelligence et une détermination qui surprennent tout le monde. Mais ce que personne ne sait, c’est que Catherine a un autre projet, un projet secret qui n’a rien à voir avec le café ou les profits.
Un soir de mars, trois mois après la mort de Philippe, Catherine convoque le régisseur dans son bureau. Il fait nuit. La grande case est silencieuse. Catherine est assise derrière le grand bureau en acajou qui appartenait à son mari. Elle porte une robe sombre. Ses cheveux sont détachés, tombant en cascade sur ses épaules. C’est inhabituel. Les femmes de son rang ne se montrent jamais ainsi. Monsieur Dubois entre, mal à l’aise. “Madame de Valois m’a convoqué ?” Catherine le regarde avec ses yeux verts qui semblent brûler dans la lumière de la bougie. “Oui, j’ai besoin que vous me donniez des informations sur les hommes du domaine.” Dubois fronce les sourcils. “Les hommes, madame ? Quels hommes ?” Catherine se lève, elle marche lentement autour du bureau. “Les esclaves. Je veux une liste. Je veux savoir leur âge, leur origine, leur capacité, leur qualité physique.” Dubois est confus. “Madame désire réorganiser le travail ?” Catherine sourit. Un sourire étrange, froid. “Vous pourriez dire cela. Apportez-moi cette liste demain. Et Monsieur Dubois, discrétion absolue. Si quelqu’un me pose des questions sur cette requête, vous direz que c’est pour optimiser la production.” Dubois hoche la tête, perplexe. “Oui, madame.”
Le lendemain, Dubois apporte la liste. Catherine la parcourt lentement. Il y a des hommes esclaves sur le domaine. Elle élimine les vieux, les malades, les enfants. Elle cherche quelque chose de très spécifique : des hommes jeunes, forts, beaux, de différentes origines. Elle veut de la variété et elle les veut pour une raison que Dubois ne peut même pas imaginer. Après deux heures d’étude, Catherine sélectionne neuf noms, neuf hommes qui vont devenir les instruments de son plan le plus sombre. Si vous trouvez cette histoire incroyable, si vous vous demandez où cela va mener, abonnez-vous maintenant parce que ce qui va suivre est la partie la plus choquante.
Le premier homme que Catherine choisit s’appelle Malik. Malik vient de Zanzibar. Il a 28 ans. C’est un homme imposant, près d’un mètre quatre-vingt-dix, large d’épaules, une peau d’ébène qui brille au soleil, des traits nobles, des yeux intelligents. Malik a été amené à la Réunion il y a 5 ans, vendu par des marchands d’esclaves arabes. Philippe l’avait acheté pour travailler dans les champs de café. Mais Malik est différent. Il apprend vite. Il parle maintenant français couramment en plus du swahili et de l’arabe. Il sait lire et écrire. Il est respecté par les autres esclaves. Il a une dignité naturelle que même l’esclavage n’a pas pu briser.
Un soir d’avril 1843, Malik reçoit un ordre étrange. On lui dit de se présenter à la grande case à minuit, pas à l’entrée des serviteurs, mais à une porte latérale. Il est confus, terrifié même. Les convocations nocturnes à la grande case ne signifient jamais rien de bon. Il pense qu’il a fait quelque chose de mal, qu’il va être puni, peut-être vendu. Il se lave, il met sa meilleure chemise et, à minuit, il frappe à la porte indiquée. La porte s’ouvre, c’est Catherine elle-même. Elle porte une robe de chambre en soie. Ses cheveux sont détachés. Elle est pieds nus. Malik est choqué. Une femme blanche de la haute société ne devrait jamais se montrer ainsi devant un esclave. “Entre,” dit-elle. Sa voix est calme, mais il y a quelque chose dedans qui fait frissonner Malik. Il entre.
La pièce est une chambre, mais pas la chambre conjugale. C’est une chambre plus petite dans l’aile est de la maison, une chambre que personne n’utilise. Il y a un lit, des bougies, une odeur de jasmin. Catherine ferme la porte à clé. Malik entend le clic du verrou et son cœur se serre. “Madame,” commence-t-il, “si j’ai fait quelque chose…” Catherine lève la main. “Silence. Écoute-moi attentivement. Tu vas faire exactement ce que je te dis. Si tu obéis, tu seras récompensé. Tu auras de meilleurs vêtements, une meilleure nourriture, un travail plus facile. Mais si tu désobéis, si tu parles de ce qui va se passer ici, tu seras vendu demain aux plantations de sucre de Maurice où l’espérance de vie est de 3 ans. Tu comprends ?”
Malik ne comprend pas encore, mais il hoche la tête. “Oui, madame.” Catherine s’approche de lui. Elle est grande, mais Malik est plus grand encore. Elle lève les yeux vers lui. “Déshabille-toi.” Malik se fige. “Quoi ?” “Tu m’as entendu. Déshabille-toi maintenant.” Malik réalise soudain ce qui va se passer. Il est terrifié. Pas parce qu’il trouve Catherine repoussante, elle est belle, mais parce qu’il comprend qu’il n’a aucun choix, qu’il est sur le point d’être utilisé, violé, même si ce mot n’est jamais utilisé quand la victime est un homme esclave et l’agresseur une femme blanche.
Malik se déshabille lentement. Catherine le regarde. Elle l’évalue comme on évalue un cheval à acheter. Puis elle dit : “Couche-toi sur le lit.” Malik obéit. Il ferme les yeux. Il pense à sa femme à Zanzibar, une femme qu’il ne reverra jamais. Il pense à sa dignité, à son humanité, et il la sent s’échapper alors que Catherine grimpe sur le lit et commence à utiliser son corps. Ce qui se passe ensuite n’est pas de l’amour. Ce n’est même pas du plaisir partagé. C’est une appropriation. Catherine prend ce qu’elle veut. Elle explore le corps de Malik comme on explore un territoire conquis. Et Malik reste allongé, silencieux, les larmes coulant sur ses tempes.
Quand c’est terminé, Catherine se lève, elle se rhabille. Elle dit : “Tu reviendras demain soir, même heure, même endroit. N’en parle à personne.” Malik sort de la chambre comme un fantôme. Il retourne à sa case dans les quartiers des esclaves. Il ne dort pas cette nuit-là. Il reste allongé, les yeux ouverts, se demandant ce qui vient de lui arriver, se demandant comment il va survivre à cela. Mais ce n’est que le début, parce que Catherine ne se contente pas de Malik.
Deux semaines plus tard, elle convoque un deuxième homme, Koffi, un jeune homme de Guinée, 25 ans, beau, timide, innocent. Catherine le brise de la même manière. Puis au cours des mois suivants, elle en ajoute sept autres : Jean-Baptiste de Martinique, Raoul d’Inde, Thomas du Mozambique, Samuel de Madagascar, André du Sénégal, Pierre des Comores, Youssef d’Égypte. Neuf hommes de neuf origines différentes. Tous jeunes, tous beaux, tous terrifiés. Tous sans choix. Catherine crée un système. Les neuf hommes sont déplacés vers une aile isolée du domaine, une ancienne annexe de la grande case cachée par des arbres. Ils ne travaillent plus dans les champs. Officiellement, ils sont affectés à des tâches d’entretien dans la maison. Mais en réalité, leur seul travail est d’être disponibles pour Catherine. Elle a établi un emploi du temps. Chaque nuit un homme différent, parfois deux. Elle les appelle selon son humeur, selon ses désirs. Elle les utilise, elle expérimente. Elle découvre un pouvoir qu’elle n’a jamais eu dans son mariage : le pouvoir de posséder totalement quelqu’un d’autre.
Mais Catherine n’est pas complètement cruelle. C’est une femme complexe. Elle donne à ses neuf hommes des privilèges. Ils mangent mieux que les autres esclaves. Ils ont de beaux vêtements. Ils ne sont jamais fouettés. Ils ont des chambres individuelles dans l’annexe, propres et confortables. C’est une cage dorée, mais c’est quand même une cage. Et les neuf hommes le savent. Ils sont prisonniers de leur propre beauté, de leur jeunesse, des désirs d’une femme qui a tout le pouvoir. Les mois passent. 1843 devient 1844. Catherine continue son double jeu. Le jour, elle est la veuve respectable. Elle gère le domaine avec efficacité. Elle reçoit les visiteurs avec grâce. Elle va à l’église. Elle fait des dons de charité. Elle joue le rôle parfait de la matrone coloniale. Mais la nuit, elle devient quelqu’un d’autre, quelqu’un de sombre, quelqu’un qui prend sa revanche sur 18 ans de soumission en soumettant neuf hommes à sa volonté.
Les neuf hommes réagissent différemment. Malik, le premier, développe une relation étrange avec Catherine. Ce n’est pas de l’amour, mais c’est une forme de connexion. Il apprend à anticiper ses désirs. Il devient son favori. Catherine lui parle. Elle lui raconte son mariage malheureux, ses frustrations, ses rêves. Malik écoute parce qu’il n’a pas le choix, mais aussi parce qu’il commence à voir Catherine comme un être humain complexe, pas juste comme son oppresseur. C’est troublant pour lui. Il déteste ce qu’elle fait mais il commence à la comprendre. Koffi, le plus jeune, est brisé psychologiquement. Il pleure souvent. Il refuse de manger. Malik essaie de le réconforter, les autres aussi. Ils forment une fraternité étrange. Neuf hommes de neuf pays différents unis par la même violation.
Jean-Baptiste, le créole de Martinique, est le seul qui sait lire et écrire en français. Il est aussi le plus intelligent et le plus dangereux, parce que Jean-Baptiste observe, il écoute, et il commence à prendre des notes en secret dans un petit carnet qu’il a volé. Il documente tout : les dates, les noms, les détails. Il ne sait pas encore pourquoi il fait cela, mais quelque chose en lui dit que cette information sera importante.
Un jour, Raoul, l’Indien, essaie de s’échapper. Une nuit de juillet 1844, il s’enfuit. Il court dans la montagne. Il pense qu’il peut atteindre Saint-Denis, trouver les autorités, dénoncer Catherine. Mais il est rattrapé en deux jours, ramené au domaine. Catherine est furieuse. Elle le fait fouetter devant les huit autres : quinze coups de fouet. Puis elle le force à revenir dans sa chambre cette nuit-là pour lui montrer qu’elle contrôle tout, même sa rébellion. Raoul ne tente plus jamais de s’échapper. Il est brisé. Thomas, le Mozambicain, le plus âgé à trente ans, choisit une autre stratégie. Il commence à chanter. Catherine le convoque moins souvent que les autres, alors Thomas décide de se rendre indispensable différemment. Il la fait rire, il lui raconte des histoires. Il devient presque un confident. Il pense que si elle le voit comme une personne, elle sera moins cruelle. Cela fonctionne partiellement. Catherine développe une affection pour Thomas, mais elle continue à l’utiliser parce que pour elle, affection et possession ne sont pas contradictoires.
Samuel, le Malgache, est musicien. Catherine découvre qu’il joue de la valiha, un instrument traditionnel de Madagascar. Elle lui en fait fabriquer un. Elle lui demande de jouer pour elle. Parfois, elle s’assoit et l’écoute pendant des heures. Samuel se perd dans sa musique. C’est le seul moment où il se sent humain, le seul moment où il n’est pas juste un corps. André, le cuisinier sénégalais, essaie de gagner les faveurs de Catherine en lui préparant des plats extraordinaires. Pierre, le jardinier comorien, reste silencieux. Il ne parle presque jamais. Il obéit, il survit. C’est tout. Et Youssef, l’Égyptien, qui était comptable avant d’être capturé et réduit en esclavage, aide secrètement Catherine avec les livres de comptes du domaine. Il espère que son utilité pratique le protégera.
Réalisez l’horreur de ce qui est en train de se passer, parce que cela va empirer. En 1845, l’inévitable se produit. Catherine réalise qu’elle est enceinte. Elle n’a pas eu ses règles depuis deux mois. Elle a des nausées le matin. Elle reconnaît les signes. Elle est enceinte. Mais de qui ? Elle a été avec les neuf hommes régulièrement. Elle ne peut pas savoir lequel est le père. Mais cela n’a pas d’importance parce que Catherine a déjà un plan. Elle annonce au domaine qu’elle est malade, une maladie féminine qui nécessite du repos et de l’isolement. Elle refuse les visites. Elle reste dans la grande case. Elle porte des robes amples. Elle cache sa grossesse pendant sept mois. C’est plus facile qu’on ne le pense. Les femmes de l’époque portent des corsets et des robes volumineuses, et personne n’ose questionner une veuve respectable sur sa santé intime.
En décembre 1845, Catherine accouche. C’est une fille, une belle petite fille. Sa peau est claire, presque blanche. Ses traits sont ambigus. On pourrait croire qu’elle est entièrement européenne. Presque. Il y a quelque chose dans la forme de ses yeux, dans la texture de ses cheveux. Mais rien d’évident. Catherine la nomme Isabelle et elle commence à répandre une histoire. Elle dit qu’Isabelle est la fille posthume de son défunt mari, que Philippe l’avait mise enceinte juste avant de mourir. C’est un miracle, dit-elle, un cadeau de Dieu, une dernière bénédiction de son mari bien-aimé. La société de la Réunion accepte cette histoire parce que personne n’ose suggérer qu’une veuve respectable mentirait sur quelque chose d’aussi sacré. Isabelle est baptisée avec tous les honneurs. Elle devient l’héritière officielle du domaine de Saint-Pierre.
Mais les neuf hommes savent la vérité. L’un d’eux est le père d’Isabelle. Mais lequel ? Catherine ne leur dit jamais. Elle garde ce secret et elle continue à les utiliser tous. La présence d’Isabelle change quelque chose dans les neuf hommes, surtout pour celui qui est réellement le père biologique. Malik se demande si c’est sa fille. Chaque fois qu’il voit Catherine avec le bébé, il cherche des ressemblances. Les yeux d’Isabelle sont-ils comme les siens ? Koffi la même chose. Thomas aussi. Ils se regardent entre eux avec suspicion, avec jalousie, avec douleur parce qu’aucun d’eux ne pourra jamais revendiquer cet enfant. Aucun d’eux ne pourra jamais être un père. Ils ont donné la vie, mais on leur a volé la paternité.
Les tensions entre les neuf hommes commencent à augmenter. Avant, ils étaient unis dans leur malheur. Maintenant, ils sont divisés par la jalousie. Malik, le favori de Catherine, devient la cible de ressentiment. Pourquoi elle le préfère-t-elle ? Est-ce qu’il est le père d’Isabelle ? Les autres commencent à le haïr. Des bagarres éclatent, d’abord verbales puis physiques. Un soir, Raoul et Malik se battent violemment. Catherine doit intervenir. Elle les fait fouetter tous les deux. Puis elle change son système. Elle commence à utiliser la jalousie comme outil de contrôle. Elle favorise un homme un mois puis un autre le mois suivant. Elle les maintient dans un état de compétition constante. C’est plus facile de les contrôler quand ils se haïssent entre eux.
Jean-Baptiste observe tout cela et il continue à écrire dans son carnet. Il a maintenant 50 pages de notes détaillées. Dates, événements, conversations. Il cache le carnet dans un double fond qu’il a créé sous son lit. Personne ne sait qu’il documente tout, pas même les autres huit hommes. Jean-Baptiste attend. Il ne sait pas ce qu’il attend, mais il sait que son moment viendra.
En 1846, Catherine devient encore plus audacieuse. Elle commence à inviter certains des hommes à l’accompagner lors de ses promenades dans le domaine. Toujours avec discrétion, toujours avec une excuse plausible. Malik devient officiellement son garde du corps personnel. Youssef devient son secrétaire privé. Les autres ont aussi des titres officiels. Cela permet à Catherine de les avoir près d’elle en permanence sans éveiller les soupçons. Mais les soupçons commencent quand même à naître. Madame Rousseau, une voisine planteuse, remarque que Catherine semble très attachée à certains de ses esclaves. Lors d’une visite, elle voit Malik se tenir trop près de Catherine. Elle voit la façon dont Catherine le regarde. C’est subtil, mais Madame Rousseau est une femme observatrice et jalouse. Elle commence à répandre des rumeurs : “Oh, vous savez, Madame de Valois semble bien s’occuper de ses domestiques mâles. Peut-être un peu trop bien.” Les rumeurs restent vagues mais elles circulent. Catherine entend ces rumeurs. Elle est furieuse, mais elle ne peut pas réagir trop fortement sans confirmer les soupçons. Alors elle devient plus prudente. Elle réduit la fréquence de ses rencontres avec les neuf hommes. Elle maintient une distance publique plus stricte. Mais en privé, rien ne change. Elle continue à les utiliser, elle continue à les contrôler, elle continue à vivre sa double vie.
En 1847, Catherine tombe enceinte à nouveau. Cette fois, c’est pire parce que ce sont des jumeaux : Louis et Marie, nés en mars 1848. Catherine ne peut plus utiliser l’excuse du miracle posthume. Philippe est mort depuis 5 ans. Alors elle invente une nouvelle histoire. Elle prétend qu’elle s’est secrètement mariée avec un commerçant français, Monsieur Laurent, qui faisait commerce entre la Réunion et Maurice. Elle dit qu’il venait la voir discrètement, qu’ils se sont mariés en secret pour éviter le scandale d’un remariage trop rapide, mais que tragiquement Monsieur Laurent est mort en mer lors d’un voyage à Maurice. Son bateau a coulé. Il n’y a pas de survivant, pas de corps, pas de preuve, juste l’histoire de Catherine. Cette fois, les gens ne sont pas aussi convaincus. Des questions sont posées. Quel prêtre a célébré ce mariage secret ? Où sont les documents ? Catherine dit que c’était un prêtre itinérant qui est depuis retourné en France, que les documents ont été perdus dans l’incendie d’une église à Saint-Denis. C’est une histoire pleine de trous. Mais Catherine est puissante, elle est riche et les gens n’osent pas l’accuser ouvertement de mensonge.
Les jumeaux Louis et Marie ont une peau plus foncée qu’Isabelle. C’est évident, on ne peut pas les faire passer pour entièrement européens. Catherine dit que Monsieur Laurent avait du sang créole, que sa grand-mère était métisse. “Cela explique tout,” dit-elle. Mais les rumeurs explosent. Toute la Réunion parle maintenant : la veuve de Valois et ses enfants mystérieux. Certains croient son histoire, d’autres sont sceptiques. Mais personne ne devine la vérité complète. Personne n’imagine qu’il y a neuf hommes, que Catherine a créé un harem secret, que tout est un mensonge gigantesque.
Le père Dominique, le prêtre de la paroisse, devient suspicieux. Il convoque Catherine pour une confession. Catherine refuse. Elle dit qu’elle confesse ses péchés à un prêtre à Saint-Denis. Le père Dominique est offensé. Il commence sa propre enquête discrète. Il parle aux domestiques, il pose des questions. Mais les domestiques ont peur. Ils ne disent rien parce qu’ils savent que trahir Madame de Valois signifie être vendu ou puni. Les neuf hommes regardent tout cela se dérouler. Ils voient Catherine mentir avec une facilité déconcertante. Ils voient les jumeaux grandir. Encore une fois, ils se demandent lequel d’entre eux est le père. Les tensions augmentent encore plus. Thomas, fatigué de cette situation, décide de changer. Il exige de Catherine sa liberté. Il dit : “Vous avez eu ce que vous vouliez, trois enfants. Maintenant, libérez-moi.” Catherine rit : “Te libérer ? Tu es fou. Tu es ma propriété, tu le resteras jusqu’à ta mort.” Thomas devient amer, violent même. Il commence à menacer de tout révéler. Catherine le fait fouetter, puis elle le vend à un planteur de Maurice. Thomas disparaît. Les huit autres hommes comprennent le message : il n’y a pas d’échappatoire. Maintenant, ils ne sont plus que huit. Et parmi eux, Jean-Baptiste observe. Il voit comment Catherine a détruit Thomas. Il voit comment elle contrôle tout. Il voit comment le système colonial permet à une femme riche blanche de faire absolument tout ce qu’elle veut à des hommes réduits en esclavage, et quelque chose en lui se durcit. Il décide qu’un jour il aura sa vengeance, pas par la violence mais par la vérité.
En 1848, quelque chose d’important se produit dans le monde extérieur. Le 27 avril, la France abolit définitivement l’esclavage dans toutes ses colonies. La nouvelle arrive à la Réunion en juin. C’est un chaos. Les planteurs sont furieux. Les esclaves sont en liesse. Mais l’abolition n’est pas immédiate dans la pratique. Il y a une période de transition. Les anciens esclaves deviennent travailleurs engagés. Ils sont techniquement libres, mais en réalité, beaucoup restent dans les plantations parce qu’ils n’ont nulle part où aller. Pas d’argent, pas de terre, pas de moyen de survie. Catherine utilise cette transition à son avantage. Elle offre aux huit hommes restants un contrat d’engagement. Officiellement, ils sont maintenant libres, mais le contrat les lie à elle pour dix ans avec un salaire dérisoire et une clause qui dit que s’ils rompent le contrat, ils doivent lui payer une compensation massive qu’ils ne peuvent pas se permettre. C’est de l’esclavage déguisé, mais c’est légal. Les huit hommes signent parce qu’ils n’ont pas le choix. Malik signe avec des larmes dans les yeux. Il avait espéré que l’abolition serait sa libération, mais il est toujours prisonnier.
Les années passent. 1848, 1849. Les tensions au domaine ne font qu’augmenter. Catherine devient de plus en plus paranoïaque. Elle sent que son secret est fragile. Elle boit maintenant du vin, du rhum. Elle est souvent ivre la nuit. Elle devient violente avec les huit hommes. Elle les frappe, elle les insulte. Le pouvoir l’a corrompue complètement. La femme qui était autrefois simplement une victime cherchant à reprendre le contrôle est devenue un monstre. Isabelle a maintenant 4 ans. Louis et Marie ont 2 ans. Ils grandissent dans la grande case, choyés, ignorant complètement la vérité de leur conception. Isabelle commence à poser des questions sur son père. Catherine lui raconte l’histoire du baron Philippe. Isabelle regarde les portraits de Philippe dans la maison. Elle essaie de voir des ressemblances mais il n’y en a aucune parce que Philippe n’est pas son père.
Un jour de septembre 1849, quelque chose se brise. Catherine convoque Malik mais cette fois c’est différent. Elle est ivre, elle pleure. Elle dit : “Je suis fatiguée. Fatiguée de mentir, fatiguée de contrôler, fatiguée de tout.” Malik ne sait pas quoi faire. Il reste là, silencieux. Catherine le regarde. “Tu me hais, n’est-ce pas ?” Malik hésite, puis il dit honnêtement : “Oui madame, je vous hais, mais je vous plains aussi, parce que vous êtes aussi prisonnière que nous, prisonnière de votre propre mensonge.” Catherine le gifle, puis elle s’effondre en pleurs. “Sors, sors d’ici !”
Cette nuit-là, Jean-Baptiste prend une décision. Il va révéler la vérité. Il prend son carnet. Sept ans de notes, sept ans de documentation méticuleuse. Il fait deux copies. Il cache l’original et les deux copies, il les envoie : une au père Dominique, l’autre au gouverneur colonial à Saint-Denis avec une lettre explicative, une lettre qui décrit tout. Les neuf hommes, les trois enfants, les mensonges, tout. Les lettres arrivent en octobre. Le père Dominique lit d’abord avec incrédulité, puis avec horreur, puis avec une satisfaction vindicative. Il savait que quelque chose n’allait pas. Maintenant, il a la preuve. Le gouverneur colonial lit avec un mélange de choc et de scandale. C’est énorme, c’est explosif. Cela va détruire l’une des familles les plus puissantes de l’île. Mais c’est aussi une histoire tellement scandaleuse qu’elle doit être révélée.
Des enquêteurs sont envoyés au domaine de Saint-Pierre. Catherine les voit arriver. Elle sait immédiatement. Quelqu’un a parlé, quelqu’un l’a trahie. Elle convoque les huit hommes. “Qui a fait ça ? Qui a parlé ?” Jean-Baptiste reste silencieux mais ses yeux brillent. Catherine le comprend immédiatement. “C’est toi, le créole alphabétisé. C’est toi qui m’as détruite.” Jean-Baptiste sourit. “Oui, madame, c’est moi. Vous nous avez volé notre liberté, notre dignité, notre humanité. Maintenant, je vous ai volé la vôtre.” Catherine ordonne qu’il soit fouetté, mais c’est trop tard. Les autorités sont déjà là. Elles arrêtent Catherine, elles saisissent le domaine, elles interrogent les huit hommes. Chacun confirme l’histoire. Tous les détails, les dates, les faits : c’est irréfutable.
Le scandale explose publiquement en novembre. Les journaux de la Réunion publient l’histoire, puis les journaux de Maurice, puis ceux de France métropolitaine. La veuve de Saint-Pierre et son harem d’esclaves. C’est le scandale du siècle. Les gens en parlent partout : dans les salons, dans les églises, dans les marchés. Catherine de Valois Beauregard est devenue le symbole de la dépravation coloniale. Les féministes utilisent son histoire pour montrer que les femmes peuvent être aussi corrompues par le pouvoir que les hommes. Les abolitionnistes l’utilisent pour montrer les horreurs de l’esclavage sous toutes ses formes.
Catherine est jugée en janvier 1850. Le procès dure trois semaines. C’est un spectacle. Des centaines de personnes viennent y assister. Catherine, autrefois respectée, est maintenant huée dans les rues, on lui crache dessus, on l’insulte. Elle est reconnue coupable de fraude, de mensonges sous serment, d’abus d’autorité et d’exploitation sexuelle. Elle est excommuniée par l’Église. Ses enfants sont déclarés illégitimes. Isabelle, Louis et Marie perdent leurs droits d’héritage. Le domaine de Saint-Pierre est saisi et vendu aux enchères pour payer les dettes et les compensations. Catherine est condamnée à l’exil. Elle est envoyée à Saint-Denis dans une petite maison misérable, interdite de retourner à Saint-Pierre, interdite de voir ses enfants.
Les huit hommes sont libérés de leur contrat. Ils reçoivent chacun une petite compensation financière, mais l’argent ne peut pas réparer ce qui leur a été fait. Malik quitte la Réunion, il part pour Maurice. Il travaille comme docker. Il meurt en 1855 à 40 ans d’une maladie pulmonaire, seul. Koffi reste à la Réunion. Il devient fermier. Il se marie, il a des enfants, mais il ne parle jamais de ce qui lui est arrivé. Raoul disparaît, personne ne sait ce qu’il devient. Samuel retourne à Madagascar. Pierre et André restent à la Réunion, travaillant comme ouvriers. Youssef ouvre un petit commerce et réussit modestement. Et Jean-Baptiste. Jean-Baptiste utilise l’argent de sa compensation pour acheter des livres. Il apprend, il devient enseignant. Il ouvre une petite école pour les enfants d’anciens esclaves. Il vit jusqu’en 1880, à 57 ans. Et avant de mourir, il publie un livre : Mémoires d’un esclave.