Voile des mineures : la droite relance le “combat républicain”, l’opposition dénonce l’islamophobie et un agenda caché

Voile des mineures : la droite relance le “combat républicain”, l’opposition dénonce l’islamophobie et un agenda caché


La laïcité française, pilier fondamental de la République, se retrouve une fois de plus au cœur d’un débat politique explosif, cette fois centré sur la question sensible du port du voile par les jeunes filles mineures dans l’espace public. Portée par les sénateurs du parti Les Républicains (LR), une proposition de loi visant à interdire spécifiquement cet attribut religieux chez les enfants et adolescentes déclenche une tempête de réactions, allant de l’approbation fervente au rejet catégorique, qualifié d’« islamophobie » par ses détracteurs.

Ce n’est pas qu’un simple texte législatif ; c’est un miroir tendu à la société française, l’obligeant à s’interroger sur la place de la religion, la liberté individuelle et le rôle de l’État dans la protection de l’enfance. Sur le plateau, le débat entre Max Brisson, porte-parole des Républicains au Sénat, Thomas Porte, député La France Insoumise (LFI), et Ami Naté Akaté, porte-parole des écologistes, a révélé la profondeur des fractures idéologiques.

Le « Combat Républicain » : de l’Église au Projet Politique Islamiste

Pour ses promoteurs, la proposition de loi s’inscrit dans une continuité historique et républicaine. Max Brisson a rappelé que la République s’est forgée, il y a plus d’un siècle, en combattant l’« emprise » de l’Église catholique sur les petites filles. Ce combat, mené à l’époque par les figures de la gauche, est selon lui un enjeu « permanent » d’émancipation.

« J’appartiens à une génération dont les grands-parents ont mené ce combat à l’époque contre l’Église catholique, » a-t-il affirmé, positionnant le texte comme un prolongement de cette lutte séculaire. Aujourd’hui, l’ennemi n’est plus le même. Le sénateur LR insiste pour dire que son initiative n’est pas dirigée contre l’islam, mais contre un « islamisme, c’est-à-dire un projet politique qui veut remettre en cause les lois d’une République laïque qui est la nôtre. »

L’argument central des Républicains est clair : il n’y a rien au-dessus des lois de la République. Le voile porté par des mineures serait le signe d’une « emprise » non seulement familiale, mais surtout d’un mouvement politique qui instrumentalise les enfants pour imposer sa loi dans l’espace public. Il s’agit, selon M. Brisson, de se battre pour les « lois de la République et celle de l’égalité homme-femme en particulier. »

L’Accusation d’Islamophobie et la Rupture d’Égalité

Du côté de l’opposition de gauche, le texte est reçu comme une provocation dangereuse et une forme de dérive politique. Thomas Porte, député LFI, a employé des termes sans équivoque, qualifiant le rapport de « nouvel assaut islamophobe. » Le cœur de la critique réside dans le ciblage exclusif de la religion musulmane.

« Vous visez une seule religion, » a martelé Thomas Porte, rappelant que la République française s’est aussi fondée sur le principe de l’« égalité devant la loi. » Ce principe serait bafoué par une législation qui s’attaque uniquement aux signes distinctifs musulmans, ignorant les pratiques d’autres confessions. Le député a soulevé des questions embarrassantes : « Pourquoi vous posez pas la question des signes religieux de toutes les religions, les jeunes hommes et les jeunes filles de confessions juives qui se promènent avec la kipa ou des perruques, ça vous dérange pas ? »

Ce ciblage, selon lui, n’est pas sans conséquence. Il s’inscrit dans un contexte de recrudescence des actes antimusulmans, qui auraient connu une hausse de 75 % entre janvier et mai 2025. « Lâchez les musulmanes et les musulmans de ce pays. Foutez-leur la paix, » a-t-il lancé, dénonçant un « agenda qui court après l’extrême droite. » Le député LFI accuse ouvertement les promoteurs du texte de faire le « copier-collé des propositions » du Rassemblement National.

Protection de l’Enfance : Exclusion ou Sauvegarde ?

L’argument de la « protection » des mineures, mis en avant par la droite, est également réfuté par l’opposition. Ami Naté Akaté, porte-parole des écologistes, s’est dite interpellée par le fait de « traquer » les jeunes filles, souvent les moins responsables des problèmes de sécurité invoqués. Pour elle, la loi ne protège pas, elle exclut.

« Vous les sortez de l’école et vous les sortez des enceintes sportives. C’est ça que vous faites. Vous ne les protégez pas, » a-t-elle déclaré. L’écologiste a rappelé que la laïcité, c’est avant tout la « liberté de s’en fiche de Dieu, c’est aussi la liberté de croire. » Elle s’interroge sur le rôle de l’État dans l’éducation religieuse donnée par les parents à leur enfant.

Les opposants estiment que le cadre légal existant est déjà suffisant pour gérer les situations d’emprise ou de danger. Les services de l’État, les assistantes sociales, le juge des enfants peuvent déjà intervenir s’il y a des enjeux de liberté et de sécurité pour les jeunes. « On n’a pas besoin de ce texte pour protéger les enfants, » a conclu la porte-parole écologiste.

La question de l’égalité homme-femme a aussi été mise en lumière, citant une déclaration de Laurent Wauquiez selon laquelle le voile véhicule « une conception de l’infériorité de la femme. » Thomas Porte a cependant nuancé, soulignant que l’évolution de la liberté de conscience fait que des jeunes filles décident de mettre ou d’enlever le voile plus tard dans leur vie, et que l’État ne devrait pas faire une « police du vêtement. » Il insiste sur le fait que la proposition de loi est, de toute façon, « anticonstitutionnelle. »

L’Agenda Caché : Un Test sur l’État de Droit

Au-delà du débat religieux, l’analyse politique suggère que cette proposition de loi a une portée bien plus large, s’inscrivant dans une stratégie politique délibérée. Les éditorialistes rappellent que cette proposition, notamment celle de Laurent Wauquiez, est un moyen de s’imposer dans un débat à droite, en ciblant une électorat sensible aux thèmes identitaires, dans la perspective d’une future primaire.

Mais surtout, la loi est largement perçue comme un « test » juridique. Même si les promoteurs sont « suffisamment éduqués en droit pour savoir que sa proposition de loi telle qu’elle est écrite ne fonctionne pas du point de vue constitutionnel, » ils la déposent. Pourquoi ? Pour pouvoir dire que « l’état de droit ne fonctionne plus en France, » que la Constitution n’est plus adaptée et qu’il faut la changer.

Cette démarche est directement liée à la stratégie du Rassemblement National qui, en vue de 2027, ambitionne de « changer la constitution en passant par l’article 11 et en consultant directement les Français par référendum, » afin de faire primer le droit national sur les traités internationaux et la Cour européenne des droits de l’homme. La proposition LR serait ainsi une étape dans ce combat politique visant à ébranler les fondements juridiques de la République, une forme de « diversion » et de « digression » pour imposer un agenda idéologique.

M. Brisson, tout en niant les accusations de « sectarisme » de l’opposition, a maintenu que le combat politique « avance par des textes, des propositions de textes, » même s’ils sont confrontés à la constitutionnalité. Il a déploré que la gauche ne soit plus au côté de la droite dans cette lutte, l’accusant d’avoir « oublié » ses racines historiques. Pour lui, face à un islamisme qui progresse depuis trente ans, il est indispensable de « rappeler fortement dans un combat politique qu’il n’y a rien au-dessus des lois de République. »

En définitive, la proposition d’interdire le voile aux mineures est bien plus qu’une mesure d’ordre public. C’est le point de rencontre brûlant entre l’histoire de la laïcité française, les enjeux de l’égalité et de la liberté individuelle, et la stratégie politique visant à redéfinir les contours de la Constitution française. Le débat est houleux, la parole est acerbe et la question demeure : cette nouvelle guerre de la laïcité a-t-elle pour objectif l’émancipation des jeunes filles, ou bien la stigmatisation d’une communauté dans le cadre d’une course électorale aux accents identitaires ? L’avenir de la laïcité, telle que pensée par ses fondateurs, dépend peut-être de la réponse.

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