« Vous êtes au service d’une tyrannie étrangère » : Glucksmann et Zemmour, le duel électrique qui déchire la France en deux

Article: « Vous êtes au service d’une tyrannie étrangère » : Glucksmann et Zemmour, le duel électrique qui déchire la France en deux
Dans une séquence de débat télévisé d’une rare intensité, Raphaël Glucksmann et Éric Zemmour se sont livrés à un affrontement idéologique sans concession, transformant le plateau en véritable arène où s’est jouée, le temps d’un échange brûlant, l’âme même de la France. Cet échange, qui a rapidement dérapé vers les attaques personnelles et les accusations les plus graves, a mis en lumière la fracture abyssale qui divise le pays. Plus qu’une simple joute oratoire, c’était la rencontre frontale de deux visions irréconciliables de la patrie, de son histoire, de son identité et de son destin. Glucksmann, s’érigeant en défenseur de la République humaniste et diverse, a lancé une offensive historique, accusant Zemmour de fantasmer une France qui n’a jamais existé et, plus grave encore, de trahir les intérêts nationaux au profit d’une internationale d’extrême droite.
Le Choc des Patriotes : Une France de l’Humanisme Contre une France Fantasmée
L’étincelle s’est allumée autour de la question du patriotisme et de la culture. Glucksmann a d’abord rappelé la fameuse phrase controversée de Zemmour, où celui-ci affirmait se sentir « beaucoup plus chez moi culturellement » à New York ou à Berlin qu’en Picardie. Cet extrait, déjà au centre de nombreuses polémiques, a été utilisé par Glucksmann comme une clé de lecture de l’idéologie zemmouriste. Avec un sens aigu de la rhétorique, il a déroulé l’histoire de la Picardie – la terre du vase de Soissons, des cathédrales innombrables (Soissons, Amiens) et de la tragédie de la bataille de la Somme. L’objectif était de démontrer que, en dénigrant cette région, Zemmour manifestait son détachement, ou son rejet, de la France réelle, celle qui a construit son identité dans le sang, l’histoire et la diversité des territoires.
« En un mot, en une phrase, vous nous avez dit ‘En fait la France ça ne me concerne pas. L’histoire de France ne me concerne pas’ », a assené Glucksmann, transformant une simple citation en une accusation de déni national. Ce à quoi Zemmour a réagi avec force, taxant les propos de son adversaire d’être « affligeant de banalité et de médiocrité » et le renvoyant aux « années 80 », accusant Glucksmann d’être figé dans un passé idéologique dépassé.
Le débat a ensuite basculé sur la question de la fierté nationale. Glucksmann a reproché à Zemmour de s’écœurer à chaque fois que la France « rayonne », citant en exemple l’enthousiasme général des Français pour l’accueil des Jeux Olympiques, que Zemmour a, lui, critiqué pour sa cérémonie d’ouverture jugée « vulgaire ». Pour Glucksmann, cette attitude est la preuve que Zemmour ne cherche pas à défendre la France telle qu’elle est, mais une version idéalisée, pure et, selon lui, « quasiment jamais existé ». Le véritable enjeu, affirmera Glucksmann, n’est pas de savoir à qui appartient la France, mais que la France appartient à ceux qui veulent la défendre dans sa réalité, une réalité que lui seul, à cette table, revendique comme sienne. « S’il y a un patriote à cette table, ce n’est pas vous, c’est moi », a-t-il clamé.
L’Internationale de l’Extrême Droite : Quand Poutine et Orbán s’invitent au Débat
L’apogée de l’affrontement a été atteinte lorsque Glucksmann a formulé une accusation d’une gravité politique exceptionnelle, celle de « trahison » des intérêts français. Il a pointé du doigt l’admiration répétée de Zemmour pour des figures politiques étrangères jugées hostiles à l’Europe et à la France, notamment Vladimir Poutine, Victor Orbán et Donald Trump.
« Vous vous réjouissez, Monsieur, du succès de ses adversaires. Vous avez dit que vous vouliez être vous un mini Poutine français », a-t-il fustigé, dénonçant l’admiration de Zemmour pour ces leaders qui, selon lui, s’attaquent aux intérêts stratégiques du pays. Il a notamment souligné l’exemple de Viktor Orbán, dont le soutien à la Chine, notamment via l’implantation du leader automobile électrique BYD en Hongrie, est perçu comme une contribution directe à la destruction de l’industrie automobile française et européenne. La conclusion de Glucksmann fut sans appel : « La vérité, Monsieur, c’est que vous êtes au service d’une tyrannie étrangère. Vous êtes au service d’une idéologie, vous êtes au service d’une internationale d’extrême droite, mais vous êtes absolument pas au service de la France réelle. »
Zemmour a contre-attaqué en tentant de minimiser l’impact de cette accusation. Il a ironisé en renvoyant Glucksmann à son propre camp : « Vous êtes désormais une des incarnations de la social-démocratie… vous n’êtes pas sans ignorer qu’il y a une internationale socialiste. » Il a justifié l’attitude de Trump et Orbán non pas par une hostilité envers la France, mais par une simple défense de leurs propres intérêts nationaux : « Je suis désolé, chaque pays défend ses intérêts. Monsieur Trump, lui, défend ses intérêts. Monsieur Orbán que vous avez cité, défend ses intérêts et défend son pays contre l’invasion musulmane. » Il a également reporté la responsabilité des fermetures d’usines en France sur les « charges sociales » et surtout sur la « réglementation ridicule » que, selon lui, Glucksmann a soutenue pour imposer le moteur électrique en 2035, une décision qui aurait favorisé l’avance chinoise.
La Diversité, un Problème ou la Grandeur de la France ?
L’identité et l’immigration ont constitué le cœur le plus sensible de cette joute. Zemmour, s’appuyant sur l’historien Fernand Braudel, a soutenu que le « drame de la France » a toujours été son « excessive diversité », qui l’a poussée aux « guerres de religion, à des affrontements, à des révolutions ». Pour lui, la France vit aujourd’hui une « invasion migratoire » et une « civilisation qui est en train de nous remplacer ». Il est allé jusqu’à choquer l’assistance en comparant l’islamisation au « Covid », un « virus moral », une analogie que Glucksmann a immédiatement rapprochée du discours des « prédicateurs islamistes » qu’il a étudiés en Algérie, qui, eux aussi, qualifiaient la France de « virus moral ».
C’est alors que Zemmour a utilisé un argument choc, suscitant l’indignation générale. Pour illustrer le péril de la diversité, il a évoqué une série macabre de drames récents, des meurtres et des agressions ayant impliqué des victimes françaises et des auteurs étrangers : « Monsieur Glucksmann, en Hongrie, il n’y a pas de petite Lola qui se fait découper par une Algérienne. En Hongrie, il n’y a pas de Thomas qui se fait tuer par un chaï. En Hongrie, il n’y a pas une philippine qui se fait violer et massacrer par un par un Algérien ou un Tunisien. »
Face à cette rhétorique de la peur, Glucksmann a opposé une vision diamétralement inverse, celle de la République et de l’Humanisme. Il a affirmé que « la grandeur de la France, monsieur Zemmour, c’est précisément d’avoir été libre parce qu’elle était diverse ». Il a cité l’exemple fondateur du Roman de Renart et a rappelé que l’identité française, qui n’est ni univoque, ni purement terrienne ou maritime, est ce qui a permis « d’inventer l’humanisme » et d’être la « nation des Lumières » et de la Révolution. Il a insisté sur le fait que l’Édit de Nantes, symbole de la tolérance et de la coexistence, était une valeur que Zemmour, théoricien de la guerre civile selon lui, voudrait révoquer.

Le Combat pour le Drapeau Tricolore : De la Révolution à la République
Au-delà des idées, le débat a été marqué par une tentative de Glucksmann de délégitimer l’adversaire sur le plan moral et judiciaire. Rappelant sans détour que Zemmour est un « multirécidiviste », condamné pour « incitation à la haine religieuse et à la haine raciale », Glucksmann a justifié sa présence au débat en affirmant : « Je veux vous combattre partout… et je veux vous reprendre le drapeau tricolore des mains. »
Pour lui, le combat n’est pas une simple divergence politique, mais une bataille pour l’âme de la nation, où il s’agit de reconquérir les symboles républicains que l’extrême droite chercherait à confisquer. Le ton de la fin a été donné par Glucksmann, qui a insisté sur le fait que la diversité est un « chantier », une construction politique qui a été abandonnée par les élites, conduisant à une « archipélisation » de la société. Mais là où Glucksmann prône une intégration républicaine, Zemmour, par son discours, serait l’« antithèse » de cette intégration, expliquant que certains individus « n’ont pas vocation à rentrer dans cet ensemble qui est la France ».
L’échange s’est terminé sur cette note amère et définitive : l’affrontement entre deux idéologies non seulement opposées, mais mutuellement exclusives. D’un côté, une France qui se rêve grande par son ouverture et ses principes universels. De l’autre, une France qui se voit menacée de mort par l’Autre, et qui cherche son salut dans une histoire mythifiée et une fermeture identitaire. Ce duel électrique ne laisse qu’une certitude : les deux France, la progressiste et la nationaliste, sont plus que jamais éloignées, et la bataille pour le destin du pays ne fait que commencer.